— … comme vous, produit des sentiments subtils et sublimes. Vous ne savez pas ça, Finette ?
— Vous savez ! J’avais de bonnes habitudes de lit, voilà tout. Pour le reste, je me faisais un mauvais sang abominable, j’inventais des cruautés pour moi toute seule. Mais au plus fort de mes crises, je vous jure que je me voyais encore dans ma glace. « Ma vieille, tu rabâches des préjugés de l’âge de pierre. Bien inutile. » Non, le lit, et cette reconnaissance du ventre qui dure quelques minutes tout de même, un peu de camaraderie encore. C’est tout ce qu’on peut souhaiter, et ça peut être très suffisant. Je crois bien que je n’ai besoin de rien d’autre. D’abord il n’y a rien d’autre. Et encore, il faut payer ça des pires tracas, et les scènes ! et se sentir idiote, folle à lier par moments…
— … parce que le paquet de tabac ne rentre pas et dîne peut-être avec un poule.
— Vous blaguez. Voyez-vous cela ! Peut-être que vous ne connaissez même pas ça et pourtant vous prenez des airs d’un qui a le cœur plus profond que le mien.
— Je tomberai bien sur un bec, un jour, allez. Du reste, qui vous dit que je n’ai pas souffert déjà ?
— Pas beaucoup.
— Non. Mais j’ai souffert de ne pas souffrir.
— Oh ! là ! là ! Ne me parlez pas de ça. Vraiment vous n’y connaissez rien.
Cette discussion où chacun des deux interlocuteurs aurait pu occuper la place de l’autre, dura encore longtemps, elle maintenait leurs distances.
Gilles regardait avec des yeux méfiants, par instants méprisants, et aussi curieux et convoiteux, Finette ramassée dans ses coussins, l’œil piquant.