Gaby est blanche, rousse, verte. Elle a une dent verte. Gaby a une stature admirable. Mille hélices tournantes composent ses volumes éblouissants : belles coques et belles conques. Des cheveux de rouille et des yeux, comme sous l’eau, des pièces de cuivre perdues. Gille en sait long sur la pourriture des rousses, ce lait près de tourner de leur peau fleurie de toutes parts de traces roses et cette puissante pigmentation : lisières fétides, franges fumeuses, lits de feuilles mortes, cressons délavés.

Gille s’émerveille bientôt devant un brasier mouvant de beaux membres enflammés. Il reporte la main sur le monde dont il a semblé s’écarter un instant. Et c’est une main lourde, douce, qui, pelotant la pâte, ajoute singulièrement à l’œuvre de Dieu.

Il entreprend de grands ébats comme un garçon de vingt ans sur son cheval dans un pays de hauts-plateaux. Il parcourt d’un trait les prairies, il dévale les collines, il atteint d’un bond les sommets et s’y tient. Il saute de sa monture et se renverse dans l’herbage. Et le ciel est le plus grand champ.

Tiens, mais ce Gille est ambitieux. Regardez-le grogner de contentement : cette femme, dans sa main.

Voilà pourquoi les contrées attendaient au soleil : pour qu’un hardi capitaine apparaisse, un point sur la colline, et suivi de sa troupe grossissante, fonde sur la ferme et le château, le verger et le buffet et pille tout. Comme la richesse s’épanouit au moment où la couvre une forte paume. Hourra ! en avant, les amis. Pille, pille. L’incendie, bien pris, commence de craquer quelque part, et là un sabot a écrasé un petit enfant. La douleur et la joie de la femme s’engouffrent comme une foule en fuite dans l’âme du capitaine des pillards, si maître des siens et qui chevauche partout, impassible.

Quelle boucherie ! ces grands quartiers de viande ! Galopade en écharpe sur une route, qui dérape au tournant, il lui passe la main gauche sous la taille, il la soulève un peu et avec sa droite il lui tire en arrière un long bras gauche, cela lui fait saillir un sein : on voit la beauté crier vers le ciel, mordue. Tire le bras en arrière plus encore comme une barrière qui s’ouvre, depuis l’aisselle jusqu’à la hanche, c’est une immense plaine déclive, le flanc de la terre.

Il faut être partout à la fois. Mon Dieu : quelle journée, quelle jeunesse ! Encore, encore.

Au milieu de ce désarroi, derrière l’oreille, il y a une idylle derrière les paupières closes, entre un homme et une femme, tandis que l’invasion roule dans les rues, un bref drame.

Pourquoi s’en tenir là, pourquoi ne pas faire un enfant, pourquoi ne pas avoir une salle à manger où on mangerait de la soupe en tête à tête et il lui achèterait des robes ? Tout cela passe dans un regard bas et bref et il n’en tient que mieux la femme.

Enfin, tant de galopades achèvent de circonvenir cette population divisée par les flammes, rassemblée dans une seule église, dans une seule flamme. O la vierge renversée dans le sein de sa mère.