Je suis bien faite. L’amitié ne vaudrait-elle pas mieux pour moi : j’ai trente-deux ans, je m’en sens quarante-deux, ou cinquante-deux. Revenons à l’amitié, je trouverai peut-être là les derniers succès qui m’attendent. »
Mais Finette pouvait-elle se résigner vraiment à des rapports d’amitié avec Gille, elle qui était condamnée à ne donner d’importance qu’aux plaisirs physiques ? Elle ne pouvait trouver de ressort que dans la sensualité, se mouvant par ailleurs dans un plan dont on aurait pu dire qu’il était intellectuel si elle n’avait pas été une femme folle comme tant d’autres, mais employant sa folie à feindre le doute de toute réalité sentimentale, la crainte de s’aventurer dans cette zone mystérieuse que fertilisent les fleuves venus de toutes les parties de la nature : du corps, du travail, du chagrin, de la mort, du ciel.
Pourtant elle pouvait s’accommoder de ne rien réaliser avec Gille et continuer avec lui des relations insignifiantes et narquoises. Elle avait toujours respiré le même air que son frère Luc. Or celui-ci ne manquait jamais de ramasser un fait qui rendît son univers moins improbable, il rendait sensibles à sa sœur tous les échecs, toutes les erreurs de l’amour autour d’eux. Il en résultait que Finette ne croyait qu’à la réussite physique pour rapprocher deux êtres, mais qu’elle croyait que cette réussite, même si réduite, était fort rare, presque miraculeuse.
Le lendemain son frère vint la trouver avec un air d’animation ironique. Elle, de son côté, était dévorée de l’envie de tout livrer à sa curiosité.
— J’ai fleurté avec Gille, tu sais, hier soir !
— Tiens, oui, c’est vrai, il fallait que ça arrive.
— Je ne l’excite pas beaucoup.
— Qu’est-ce que tu veux dire ?
— Quelque chose de bien simple, je ne l’excite pas.
— Mais comment ?