— Je suis crevé, s’était-il écrié, il ne faut plus compter sur moi pour faire plaisir aux dames. Je me dégoûte, je ne veux plus entendre parler de moi.

Luc commençait à se blaser sur ces désaveux de soi-même. Mais autre chose le tira de son demi-sommeil et de son indifférence à des malheurs problématiques. Il avait regardé minute par minute se préciser la coquetterie de Finette et de Gille, mais il avait commencé de croire pourtant qu’ils n’en finiraient jamais. Et voilà que Gille faisait évidemment allusion à un échec : l’affaire avait donc été bien près d’aboutir. Cette demi-confidence, alors qu’elle aurait pu apaiser sa jalousie, la réveillait.


— Enfin quand il est arrivé ici c’était un foudre de guerre, revint-il à la charge, après que sa sœur lui eut fait un récit fort minutieux de la soirée dernière.

— Oui, il y avait des jours où il paraissait très vantard, mais cela dépendait de son humeur : il avait, à d’autres moments, un ton tout à fait différent. Tu ne l’as pas entendu l’autre soir parce que tu fumais.

— Il fait de faux aveux et de façon qu’on n’y croie pas.

— Mais non, il est sincère. C’est un garçon qui est comme toi et moi, la vie le dégoûte bien, seulement, au lieu d’en vouloir aux autres, comme nous, il aime mieux, par paresse ou par scrupule, s’en prendre à lui-même. C’est assez élégant de cacher son dégoût sous l’humilité ; tu comprends, il fait semblant de croire que c’est lui qui est disgracié et non pas la Nature.

— Enfin, il aurait bien aimé être de ces hommes qui sont toujours prêts à rendre service aux femmes. Eh bien ! Il paraît que ce n’est pas ça ! Car enfin, ma chère sœur, tu es une personne désirable !

— Tu sais bien que non, que je plais à beaucoup d’hommes mais que j’en décide peu.

— En tout cas je ne comprends pas qu’il se mette dans une situation comme celle d’hier au soir.