— En tout cas, je vous vois aujourd’hui amoureuse encore et heureuse…

Ils marchèrent sans parler. Puis il reprit :

— Mais cette tranquillité, je vois de quoi elle est faite. Quand l’amour se confond avec la paix, je me prépare à le haïr.

— Un travail écrasant. Jacques est pauvre. Et il ne peut refuser ce qui est en lui et qui est immense. Et il n’a aucune facilité, il lui faut des heures pour préparer un concert, il a besoin de moi à chaque minute.

— Vous êtes dévorante, vous vous repaissez de son travail autant que de lui-même.

— Oui. Eh bien ! quoi ? Vous trouvez cela terre à terre, mais je ne vois rien d’autre. C’est cela, l’amour : il faut le nourrir de quelque chose.

— Justement, je ne pouvais rien vous donner, je n’étais que ce cri : « je vis, avant de mourir ». Vous n’avez guère pu m’aimer.

— Vous, c’était autre chose, la jeunesse, son incroyable promesse.

— Oui, autre chose, mais peu de chose. Vous ne vous êtes jamais lancée de mon côté. Mais peu importe, le peu qui a été entre nous c’est tout le bien de ma vie, c’est mon seul bien.

— Mais je n’ai pas oublié, j’ai le droit de ne pas oublier. Votre jeunesse, Gille, comme elle me fait encore du bien !