— Oh ! j’imagine ce que vous appelez votre solitude : lâcher une femme tous les quinze jours, mais en essayer une nouvelle tous les mois. Et naturellement vous leur avez infligé bien plus de mal que vous n’en avez supporté.
— Hélas !… eh bien, non. Je ne leur laisse pas le temps de m’aimer, et pourtant, Dieu sait qu’elles sont toujours prêtes à chérir et à souffrir.
— Voilà de quoi calmer vos scrupules.
— Mais je souffre assez de la facilité avec laquelle je réussis à les détacher de moi, pour que vous me croyiez. Vous-même…!
Il s’arrêta.
— Je vous ai beaucoup aimé, Gille, beaucoup plus que vous n’avez pu le sentir. Vous étiez trop jeune, vous pensiez trop à la guerre, et à tout le reste de la vie que je vous empêchais de connaître… et à la mort.
— Mais c’est vous qui m’avez fait connaître la vie et je ne l’ai connue que par vous, vous avez été tout pour moi. Mais je n’ai guère compté pour vous ; vous avez renoué votre vie, après mon départ, si promptement.
— J’aurais pu vous aimer beaucoup plus encore et longtemps.
— Mais vous avez pu ne pas le faire. Non, il vaut mieux ne pas réfléchir sur notre amour, ce que j’ai de mieux dans ma vie, et pourtant si douteux.
— Ce n’est jamais moi qui ai cessé d’aimer, mais on m’arrachait l’amour du cœur.