Il recevait l’accueil de son sourire toujours admirable. Il s’inclina devant cette blancheur indestructible, cette jeunesse indomptable des dents. Elle avait moins de rides que lui, ses cheveux gris étaient joyeux. Toute la mystique que nourrissait la mémoire amaigrie de Gille tombait en poussière devant cette santé toujours triomphante qui requérait une admiration plus vivante. Les herbes et les branches rentrent dans un temple où une religion s’est fatiguée.

— Qu’est-ce que vous êtes devenu, Gille ? Avez-vous été heureux ? Avez-vous fait quelque chose ?

Ces derniers mots « avez-vous fait quelque chose ? » firent tiquer Gille, ils creusaient un côté du caractère de Jacqueline : pour elle un homme devait faire quelque chose, peu lui importait du reste ce que ce fût, et elle se tenait près de lui avec son amour, toujours prêt à approuver et à aider.

« Faire quelque chose » ! Certes, il craignait sa sévère franchise. Mais si cette question le révoltait, ce n’était pas tant qu’elle allât au-devant de tristes aveux, mais qu’au delà de la faiblesse que ses aveux allaient découvrir, elle heurtât une défense irréductible en lui, la croyance inavouée qui était le ressort qui le maintenait debout :

« Je ne fais rien, mais qu’on me laisse suspendre à cette seule parole de vie, à ce hameçon déchirant : « que ne mérite de vivre que l’absolu. » Peut-être un absolu se forme en moi, laissez-moi à mon attente. »

— Jacqueline, je n’ai point retrouvé de femme comme vous.

— Allons, allons ! Ne me dites pas de banalités. Vous n’avez pas voulu. Du reste, vous avez été amoureux, on m’a montré de jolies filles qui…

— Peuh ! si vous saviez… Non… je suis seul.

— Faut-il vous croire ? C’est vrai, je me rappelle qu’il y avait en vous des dispositions pour gâcher tout, autour de vous. Mais vous êtes peut-être très bien, seul.

— Vous ne pouvez soupçonner comme j’ai mal tourné.