[131] Adolphe Souillard, plus connu sous le nom d'Adolphe de Saint-Valry (1802-1862), né la même année que Victor Hugo, était pour lui un ami d'enfance, car son père avait servi sous les ordres du général. Après avoir collaboré au Conservateur littéraire, Adolphe de Saint-Valry,—il donnait comme Jules Lefèvre et Jules de Rességuier les plus belles espérances,—était passé aux Annales de la Littérature et des Arts, où l'honneur lui fut imparti de rendre compte des Odes et poésies diverses de V. Hugo.
Je ne puis reproduire le morceau dans son entier, il ferait longueur, mais la date où ces lignes furent écrites (1822, tome VII) leur donne trop de saveur pour que je puisse ne point les citer:
«Nous ne savons à quelle fatalité attribuer le silence des journaux quotidiens à son égard; est-ce que par hasard la supériorité d'un écrivain aussi jeune que M. Victor Hugo donnerait de l'ombrage et du souci à quelques hommes de lettres en crédit? Ce serait là un sentiment bien bas, mais au reste bien digne d'un siècle essentiellement jaloux et dépréciateur; car, de nos jours dans le compte que l'on rend des meilleurs ouvrages, il règne habituellement une certaine réserve cauteleuse, assez proche parente de l'envie et de la médiocrité. Heureusement pour M. V. Hugo, une édition épuisée sans annonce, les éloges et l'amitié si honorables de M. de Chateaubriand et de M. de Lamennais sont une fort belle compensation.»
Que l'on veuille se souvenir que le poète et le critique n'avaient pas à eux deux, plus de quarante ans.
Adolphe de Saint-Valry fut un des sept fondateurs de la Muse française, avec Émile Deschamps, Guiraud, Soumet, Victor Hugo, Alfred de Vigny et Desjardins. (Ce Desjardins, doit être l'auteur d'un drame «en cinq coupes d'amertume», Semiramis la Grande, dont les lecteurs de l'Intermédiaire n'ignorent pas le titre. Il semble avoir été professeur libre et avoir collaboré à la Tribune de Germain Sarrut. C'est, parmi les Romantiques de la première heure, un des plus inconnus.)
Il prit une part active, en l'absence de Guiraud, à la préparation du premier numéro, qui parut le 28 juillet 1823 sous la date du 15, et, quand, après douze numéros, la Muse disparut, le 15 juin 1824, survivant à peine huit jours à la disgrâce de Chateaubriand, dont le grand public ignora longtemps les causes, ou tout au moins l'une d'entre elles, ce fut Saint-Valry, qui, non sans esprit et sans courage, traça le portrait d'Auguste, l'ami hier tout puissant, aujourd'hui ministre révoqué, «car il est doux de rendre hommage à la vertu et au courage d'un homme de bien, et peut-être n'est-il pas encore défendu d'accompagner jusqu'aux portes de Rome Cicéron partant pour l'exil».
En vérité, Saint-Valry donnait mieux, là, que des espérances, et, en dehors de leur amitié, l'on comprend en quelle singulière estime le pouvait tenir Hugo qui avait souvent été son hôte à Montfort-l'Amaury, dont ils ont, l'un et l'autre, chanté les ruines. (Odes et Ballades, Odes Livre V, Ode XVII; Les Annales romantiques, 1826.)
On doit à Adolphe de Saint-Valry un roman, publié en 1836: Mme de Mably.
Cf. Ch.-M. Des Granges: La Presse littéraire sous la Restauration.—Léon Séché: Le Cénacle de la Muse française.—L'Intermédiaire des Chercheurs et Curieux, 1893.
A Adolphe de Saint-Valry.
Blois, 7 mai 1825.