Oui, mon ami, de cette ville historique et pittoresque, je tournerai bien souvent mes regards vers Paris et Montfort, et le château de Blois ne me fera point oublier Saint-Laurent. J'ai passé là en août 1821, des moments bien doux et votre excellente mère m'y a fait presque oublier pendant huit jours l'admirable mère que je venais de perdre.
Je vous remercie des nouvelles que vous me donnez. Je suis charmé que le bon Jules Lefèvre vous doive la vente de son Clocher de Saint-Marc. C'est un homme d'un vrai talent, et il ne manque à ce talent qu'un succès.
Rien de tout cela ne vous manque à vous, mon cher ami, et vous avez tort de désespérer de vous-même; il faut que votre poème se vende, et il se vendra. Entre le talent et le public, le traité est bientôt fait.
On me dit ici que l'on dit là-bas que j'ai fait abjuration de mes hérésies littéraires, comme notre grand poète Soumet. Démentez le fait bien haut partout où vous serez, vous me rendrez service.
J'ai visité hier Chambord. Vous ne pouvez vous figurer comme c'est singulièrement beau. Toutes les magies, toutes les poésies, toutes les folies mêmes sont représentées dans l'admirable bizarrerie de ce palais de fées et de chevaliers. J'ai gravé mon nom sur le faîte de la plus haute tourelle[132]; j'ai emporté un peu de pierre et de mousse de ce sommet, et un morceau de châssis de la croisée sur laquelle François Ier a inscrit les deux vers:
[132] Marie-Caroline, duchesse de Berry, devait suivre ce mauvais exemple, le 18 juin 1828, lors de sa visite à Chambord. (Relation du voyage de S.A.R. Madame, Duchesse de Berry, dans la Touraine, l'Anjou, la Bretagne, la Vendée, et le Midi de la France en 1828; par M. le vicomte Walsh. (Paris, Hiver, 1829, tome I, p. 24.) Il faut lire dans les mémoires d'Horace de Viel Castel comment il traite ce «Walsh d'Irlande».
Sur Chambord, cf. L. de la Saussaye: Le château de Chambord, 8e édit. Lyon, Perrin, 1859, in-8º, de VII; 137 pp.
Souvent femme varie
Bien fol est qui s'y fie
Ces deux reliques me sont précieuses.