Montrant le tartre de ses dents...

Il ne s'agit pas dans celle-ci de baccalauréat ou des jeux du soleil à travers le lierre tapissant «une salle de verdure attenante à la Miltière».

Le sacre approche, Victor n'a reçu encore ni sa croix de la Légion d'honneur, ni les papiers la concernant. Il craint «de ne pouvoir porter la décoration au sacre, ce qui serait inconvenant». Il prie son beau-père de vouloir bien passer à la chancellerie pour stimuler un peu l'apathie des bureaux.

Puis, ce sont les 350 francs demandés à Reims pour une chambre,—la province est sans pitié quand elle a occasion d'écorcher quelques Parisiens,—et si ce n'est tout à fait le chapitre des chapeaux, c'est tout au moins celui du tailleur et du chapelier. Du protocole presque.

La Miltière, 12 mai 1825.
Mon cher papa,

Le messager envoyé par mon père à Blois est de retour. Il nous rapporte l'aimable lettre de maman à son Adèle, que nous avons lue en famille et une lettre fort cordiale de Victor Foucher[136], qui nous fait aussi beaucoup de plaisir. Nous nous attendions également à recevoir la croix de la Légion d'honneur et les papiers, etc., que vous nous avez annoncés pour le commencement de cette semaine. Notre espérance est frustrée de ce côté, et mon père désirerait que vous eussiez la bonté de passer encore une fois à la Légion, pour presser cet envoi. Car ma place est retenue pour le 19 au matin, et si nous ne recevions pas tout cela au moins le 18, je courrais grand risque de ne pouvoir porter la décoration au sacre, ce qui serait inconvenant.

[136] Victor-Adrien Foucher, beau-frère de Victor Hugo, né comme lui, en 1802, mort en 1866. Magistrat, Victor Foucher a dirigé de 1833 à 1862 la Collection des lois civiles et criminelles des États modernes et a laissé en outre, un certain nombre d'ouvrages et de brochures d'un caractère juridique.

Paul Lacroix attribue à Victor Foucher vingt articles, signés F., du Conservateur littéraire.

Je sens, mon excellent père, combien je vous donne de peines, et je suis pénétré d'une vive reconnaissance de toutes vos bontés. La lettre de maman Foucher est bonne comme elle: elle est remplie de détails qui nous intéressent. Nous sommes enchantés des progrès de Juju[137] autant que de Didine[138]; quand nous serons de retour à Paris ces deux enfants seront l'objet de nos curiosités réciproques, et nous aurons de longs récits à nous faire.

[137] Julie Foucher, la toute jeune sœur d'Adèle Hugo, mariée plus tard au graveur Paul Chenay (1818-1906) auteur d'un volume de souvenirs intimes: Victor Hugo à Guernesey.