Victor, suivant son habitude, tient à conserver vierge pour les siens le crédit dont il peut jouir et refuse assez cavalièrement à son père sa protection pour un professeur, dont il l'avait prié de s'occuper:
Mon cher papa,
Nous voilà définitivement de retour à Paris. Nous n'avons fait que courir à droite et à gauche tout le mois de septembre, et nous avons terminé ces jours-ci nos promenades par une excursion à Montfort l'Amaury, charmante petite ville à dix lieues de Paris où il y a des ruines, des bois, un de mes amis[151] et un des tiens, le colonel Derivoire, qui a servi sous toi. J'ai beaucoup parlé de toi avec ce brave qui t'aime et te vénère et désire vivement te voir. Il compte faire le voyage de Paris la première fois que tu y viendras.
[151] Adolphe de Saint-Valry.
Nous désespérons presque, cher papa, d'avoir le bonheur de t'y voir cette année, puisque la saison s'avance sans t'amener. Cependant M. Lambert t'avait presque promis à tous tes amis de Paris.
Il est malheureusement impossible de rien faire pour le professeur dont tu m'envoies une lettre. J'ai beaucoup moins de crédit qu'on ne m'en suppose et j'ai dû dernièrement employer le peu d'influence que je puis avoir sur M. l'évêque d'Hermopolis[152] pour obtenir une bourse à l'un de nos cousins Trébuchet. Le succès n'est même pas encore décidé. Tu sens que toutes mes forces doivent être dirigées vers ce but, si important pour notre malheureux oncle Trébuchet, et que je ne pourrais occuper le ministre d'une autre affaire sans nuire à la sienne. Qui trop embrasse mal étreint.
[152] Denis, comte de Frayssinous, évêque in partibus d'Hermopolis, né à Curières (Aveyron) en 1765, mort en 1841. Après ses retentissantes conférences à la chapelle des Carmes et en l'église Saint-Sulpice, fut le 1er juin 1822 nommé grand maître de l'Université, puis, le 26 août 1824, ministre des affaires ecclésiastiques, portefeuille, créé pour lui, qu'il conserva, sous le ministère Martignac, jusqu'au 3 mars 1828.
Nous avons trouvé ici à mon retour les 200 cartes commandées pour toi: elles me paraissent fort belles. C'est un petit cadeau qu'Adèle veut faire à ta femme, indique-moi un moyen de le lui faire parvenir.
Adieu, cher papa, toute la famille Foucher, Abel, Adolphe, tous nos cousins embrassent ta femme et toi de tout cœur, et ne font en cela que se joindre à nous.
Ton fils tendre et respectueux,
Victor.