Nous sommes au 13, mon cher papa, et je n'ai pas encore reçu notre mois. Ton exactitude à prévenir les besoins de tes fils me rend certain que la négligence ne vient que des messageries. Mais je t'en avertis, cher papa, sûr que tu t'empresseras de faire cesser notre gêne.
Adieu, mon excellent père, je t'aime, je t'embrasse et je fais les vœux les plus ardens pour te voir et te voir bien portant.
Ton fils tendre et respectueux,
Victor.
L'attestation de baptême est parvenue, seul le consentement légalisé du général manque encore. Son fils le presse de le lui adresser. Il voudrait bien que la publication des bans commence le dimanche suivant—demande même à son père d'en racheter un dans sa paroisse, à Blois—afin que le mariage puisse avoir lieu vers le 7 ou le 8 octobre.
L'impatience très naturelle du fiancé n'est pas seule en jeu: une question d'appartement s'y mêle: il a donné congé du sien pour le 8 octobre et voudrait éviter les ennuis et les frais de deux déménagements successifs.
Victor Hugo, ainsi que ses futurs beaux-parents, regrette vivement qu'un accident empêche le général d'assister au mariage et de prendre part aux frais de la noce. Mais, il faut qu'il y ait là une absolue nécessité. Le père doit à ses fils un mois arriéré de leur pension, il le prie de le leur envoyer et il le supplie de la continuer à Abel et à Eugène—ce dernier «était un peu fou» quand il a écrit au général. Pour lui, il ne l'importunera plus de ses besoins, à la pension qu'il va toucher s'en ajoutera bientôt une nouvelle, et il compte redoubler de travail et de veilles.
Mon cher papa,
Je te réponds courrier par courrier pour te remercier de l'attestation que tu m'envoies et te prier de mettre autant de célérité à me faire parvenir ton consentement notarié. Je désirerais bien vivement que mon mariage pût avoir lieu le 7 ou le 8 octobre pour un motif impérieux (entre tous les motifs de cœur qui, tu le sais, ne le sont pas moins), c'est que je quitte forcément l'appartement que j'occupe le 8 octobre. J'ai donc prié M. et Mme Foucher de faire commencer la publication des bans dimanche prochain 22, elle se terminera le dimanche 6 octobre. Mais ces bans doivent être également publiés à ton domicile, et il faut que le 6 octobre on ait reçu à notre paroisse de Saint-Sulpice la notification de la complète publication des bans à Blois, ce qui ne se pourrait faire qu'autant que tu serais assez bon pour racheter un ban à ta paroisse. Ce rachat coûte cinq francs ici, on m'assure qu'il doit être moins cher encore à Blois. Tu sens, mon cher papa, combien est urgente la nécessité qui me fait t'adresser cette instante prière. Il s'agit de m'épargner l'embarras et la dépense de deux déménagements coup sur coup dans un moment qui entraîne déjà naturellement tant de dépenses et d'embarras, il s'agit de plus encore, c'est de hâter mon bonheur de quelques jours, et je connais assez ton cœur pour ne plus insister.
Je suis tout à fait en règle, j'ai fait lever sur l'extrait de naissance déposé à l'école de droit une copie notariée qui vaut l'original, quand ton consentement me sera parvenu, je pourrai remplir toutes les formalités civiles. Le papier que tu m'envoies aujourd'hui suffit également pour les formalités religieuses.
Les noms et prénoms de ma bien-aimée fiancée sont Adèle-Julie Foucher, fille mineure de Pierre Foucher, chef de bureau au ministère de la Guerre, chevalier de la Légion d'honneur, et d'Anne-Victoire Asseline. Ces renseignements te seront nécessaires pour la publication des bans.