Mon bon oncle Louis m'a écrit pour un objet qui le concerne et dont M. Foucher s'occupe activement. Je lui transmettrai la réponse dès que je l'aurai.—Nous t'embrassons tous ici bien tendrement. Je pense que tu lis à Blois les journaux qui parlent de mon recueil, si tu le désires, je t'enverrai ceux qui me tombent entre les mains. Je lis et relis ton joli poëme de la Révolte des Enfers.—Parle-moi, je te prie, de ce que tu fais en ce moment. Tu sais combien cela m'intéresse et comme fils et comme littérateur.

Pardonne à mon griffonnage; je t'écris avec une main malade: je me suis blessé légèrement avec un canif, ce ne sera rien. Adieu, cher papa, je t'embrasse encore.

La demande officielle du général Hugo a été remise à M. Foucher, qui a fait la réponse en partie reproduite par Mme Hugo[34]. La pension ne peut tarder, mais le général fait attendre à ses fils le mois de la leur. Avec toutes les formes possibles, Victor signale à son père ce gênant oubli. Ne lui sont pas encore parvenus également son extrait de naissance et le consentement légalisé du général.

[34] Victor Hugo raconté par un Témoin de sa Vie, pp. 59-60.

Paris, 13 septembre 1822.
Mon cher papa,

M. de Lourdoueix m'ayant donné sa parole d'honneur que ma pension de l'intérieur me serait assignée durant l'administration intérimaire de M. de Peyronnet[35], j'ai remis ta lettre à M. Foucher et tu as dû recevoir sa réponse. Nous n'attendons plus que ton consentement légalisé.

[35] Charles-Ignace de Peyronnet, né à Bordeaux en 1775, devait à Madame, dont il avait protégé la fuite à Bordeaux, et à Mme du Cayla qu'il avait fait triompher, en appel, de son mari, à Bourges, sa scandaleuse fortune. Successivement président du tribunal de Bordeaux (1816), procureur général à Bourges, puis à Rouen, poste dont il ne prit pas possession, la Restauration en fît un garde des sceaux, le 21 décembre 1821 et le créa comte le 17 août 1822. Son nom reste attaché à toutes les mesures rétrogrades ou restrictives soutenues par lui devant la Chambre des députés, non sans provoquer parfois son hilarité par le décousu et la vulgarité de son éloquence. Il tomba avec le ministère Villèle, le 6 décembre 1827, fut nommé pair de France par ordonnance du 5 janvier 1828, contresigna comme ministre de l'Intérieur du cabinet Polignac après son remaniement (19 mai 1830) les ordonnances du 25 juillet; mis en accusation et condamné à la détention perpétuelle par la Chambre des Pairs (19 décembre 1830) il fut grâcié en 1834 et mourut en 1854.

Cher papa, n'attribue le silence d'Abel qu'à la multiplicité de ses occupations, je lui ai communiqué ta lettre, et il va s'empresser de dissiper lui-même un doute aussi affligeant pour ton cœur.

Si je n'ai pas été baptisé à Besançon, je suis néanmoins sûr de l'avoir été, et tu sais combien il serait fâcheux de recommencer cette cérémonie à mon âge. M. de Lamennais[36], mon illustre ami, m'a assuré qu'en attestant que j'ai été baptisé en pays étranger (en Italie), cette affirmation accompagnée de la tienne suffirait. Tu sens combien de hautes raisons doivent me faire désirer que tu m'envoies cette simple attestation.

[36] Voir la lettre écrite de la Chenaie à Victor Hugo à l'occasion de son mariage (Victor Hugo raconté..., tome II, p. 60-61).