[1] Victor Hugo: Correspondance, 1815-1835. Paris, Calmann-Lévy, 1896; in-8º de 383 pp. Lettres au général Hugo, pp. 166-215.
[2] Louis Belton: Victor Hugo et son père, le général Hugo à Blois, d'après les lettres de Victor Hugo conservées à la Bibliothèque de Blois et divers documents inédits.
Publiée d'abord dans le tome XVI des Mémoires de la Société des Sciences et Lettres de Loir-et-Cher, pp. 9-85, cette étude a été l'objet d'un élégant tirage à part. Blois, Typ. et Lith. C. Migault et Cie, 1902, in-8º de 81 pp.
Cette étude fort bien faite a été souvent mise à contribution au cours de ce travail. Des notes, que je ferai suivre des initiales L. B., y ont, même, été textuellement empruntées.
Embrassant une période de quatre ans,—la première est du 4 juillet 1822 et la dernière du 4 novembre 1826,—ces lettres offrent le très vif intérêt d'avoir été écrites par le poète de vingt à vingt-quatre ans, à la veille et au lendemain de son mariage. Ainsi, assistons-nous aux joies initiales et aux premiers chagrins du ménage, ce pendant que paraît et s'épuise la première édition des Odes et Poésies diverses et que des cendres du Conservateur littéraire ne tardera pas à éclore la Muse française.
L'Histoire du Romantisme de Gautier—et enthousiasma-t-elle nos quinze ans, appareillant nos curiosités en partance vers les floraisons inconnues et magiques de Baudelaire!—ne parle pour ainsi dire que de la seconde période déjà du Romantisme: Petrus Borel, le lycanthrope, farouche et énigmatique, Jehan du Seigneur, Augustus Mac-Keat, Philothée O'Neddy, chacun a sa façon de porter le gilet rouge. Cette correspondance, au contraire, nous ramène aux temps héroïques de la nouvelle école.
Ces dates de 1822 et de 1823 évoquent non point ces satellites qui lors de la représentation d'Hernani commençaient à graviter, «grandiloques et bousingots», autour de l'astre fulgurant qu'était Hugo, mais les ouvriers de la première heure, anciens collaborateurs du Conservateur littéraire, créateurs de la Muse de demain.
Alfred de Vigny, tôt maître de son instrument, atteint déjà à la sereine magnificence de ses poèmes. Plus tard, un froid pourra se produire entre Hugo et lui, mais à ce moment, leur affection semble sincère et étroite; le chantre d'Eloa sera le témoin de Victor, lors de son mariage et sa «tour d'ivoire» n'est point tellement éloignée de la terre, qu'il ne soit des fondateurs du nouveau recueil.
Le souci de son exclusive réputation et l'ennui de participer aux frais de la publication semblent en avoir éloigné Lamartine, dont les Méditations venaient de consacrer le nom. Il ne devait pas tarder, d'ailleurs, à y être bientôt malmené.
Hugo et Lamartine semblent, en vérité, s'observer plutôt que s'aimer. Le Cygne de Saint-Point se préoccupait, avant tout, de lui-même, puis, sa nature paraissait répugner à la collectivité d'un effort, ce par quoi se traduit toute école littéraire ou artistique. Malgré son singulier éclectisme, on peut dire que la Muse française ne fut jamais la sienne.