La silhouette du général apparaît, au contraire, au second plan seulement, comme effacée, et ne prend corps qu'au moment où elle prête matière à une antithèse connue et souvent répétée.
Les enfants semblent avoir pris depuis longtemps parti contre leur père, insoucieux, d'ailleurs, de la pension qu'il leur devrait servir, et entre Victor et le général, cela a tout l'air d'une réconciliation.
Ils ne se connaissaient pas ou si peu.
Les lettres de Victor Hugo conservées à la Bibliothèque de Blois, sur ce point comme sur d'autres, remettent singulièrement les choses au point. L'éloignement entre le père et ses fils était plutôt matériel et ceux-ci de savoir fort bien lui réclamer leurs mois de pension, quand ils se faisaient trop attendre.
Elles ne sont postérieures que de dix-huit mois à la mort de Mme Hugo, ce déchirant chagrin pour Abel, Eugène et Victor, et d'un an à peine au second mariage qu'alla perpétrer, presque en cachette, le général dans l'Indre et, cependant, elles sont empreintes d'une attention respectueuse et continue du fils vis-à-vis du père. Elles ne sont même pas exemptes d'une certaine tendresse. On la désirerait sans doute plus simple et moins apprêtée, mais n'y avait-il pas entre eux le souvenir de leur mère et la présence de «l'Intruse», cette veuve Anaclet d'Almet, comtesse de Salcano, auquel le vieux brave n'avait pas craint d'associer sa vie.
Quant aux choses de l'esprit, loin de les haïr, le général les aimait fort, et, dans sa retraite anticipée, avait conservé pour elles un goût très prononcé[6].
[6] Outre ses Mémoires, on doit au général Hugo:
Coup d'œil militaire sur la manière d'escorter et de défendre les convois et sur les moyens de diminuer la fréquence des convois et d'en assurer la marche: suivi d'un mot sur le pillage.
Paris, 1796, in-12.
Ces considérations ont été jointes au tome Ier des Mémoires du général Hugo, pp. 209-255.