Malgré les illusions du père et du fils, il ne semble pas que la santé d'Eugène s'améliorât beaucoup.
La Correspondance possédée par la Bibliothèque de Blois nous fournit le texte d'une lettre d'Eugène à Abel. Elle dut ne pas être envoyée.
Elle trahit de façon lamentable l'état d'esprit du malade, même dans ses intervalles lucides.
On sent les vains efforts de l'intelligence pour se ressaisir. La pensée est exprimée avec une difficulté extrême, le style semble presque enfantin et les répétitions abondent.
M. de Féraudy et ses fables—il s'agissait, en plus, d'un acte manuscrit à présenter à l'Odéon—faisait l'objet de cette missive.
Mon cher Abel,
Un des amis de Papa, M. de Féraudy, et l'un des membres de la Société littéraire fondée à Blois, dont papa avait été élu Président, et dont tu avais été nommé membre Correspondant, ce monsieur, dis-je, ayant appris l'influence que tu pourrais avoir auprès de quelques journaux, a paru désirer que tu lui fisses insérer quelques-unes de ses fables dans les feuilles où tu travailles.
Ayant également entendu parler des facilités que tu parais avoir auprès du théâtre de l'Odéon, il te prie également de lui rendre le service de présenter au comité de ce théâtre un acte dont je t'enverrai le manuscrit.
Avec les titres dont je viens de te parler il était impossible que ce Monsieur pût s'attendre à quelque refus de ma part. Ami de Papa, et membre d'une Société littéraire dont je t'ai entendu te féliciter d'être membre, c'était sans doute te faire plaisir à toi-même que de me charger auprès de toi de sa commission.
Ce monsieur a déjà publié un recueil de fables dont le journal des Débats a rendu compte il y a un an, il compte en publier un nouveau volume. Il est membre de la Société littéraire qui avait tenté de s'organiser à Blois, et dont toi et Victor faisiez partie; ses fables ne te laisseront aucun doute sur son esprit et son talent.