Après m'être acquitté de cette commission, il convient que je te manifeste mon étonnement de ce que tu ne nous as pas répondu. Cet oubli de ta part, justifie les reproches de négligence que je t'ai entendu faire par Papa.
En attendant une lettre de toi, je suis toujours avec attachement,
Ton frère affectionné,
E. Hugo.
Blois, le 19 mars 1823.
A nouveau Adèle Hugo tient la plume. Elle n'ose encore s'exprimer librement vis-à-vis de ses beaux-parents—par la suite elle écrira des lettres charmantes d'abandon, de cœur et de simplicité.
Actuellement, elle est encore sous l'entière domination du génie de son mari. Il relit ses lettres et elle doit craindre un froncement de sourcil.
L'enfant qu'elle porte sera un garçon, elle l'appellera Léopold pour «faire la cour» à sa belle-mère, et ingénûment, ne prévoyant pas à quelle plaisanterie va donner lieu le plein de sa plume, la pauvre femme fait, fille respectueuse, «fortement saillir les rondeurs» de l'A de sa signature.
Mon cher papa,
Mon mari m'a laissé le soin de vous écrire; c'est pour moi une bien douce charge, d'autant plus que dans une réponse à ma lettre je saurai de vos nouvelles qui jusqu'ici nous ont fait craindre que votre santé et celle de notre belle-mère ne fussent moins bonnes que lors de votre départ d'ici. D'un autre côté, nous sommes convaincus que celle de notre frère est entièrement remise, d'ailleurs les soins de bons parens, et la vie d'ordre à laquelle il n'était point habitué sont certainement cause de son prompt rétablissement.
Nous avons eu le plaisir de voir dernièrement notre oncle Francisque et sa femme, ils sont restés à Paris beaucoup moins longtemps que nous ne l'aurions désiré, et ils ont été très fâchés de n'être pas venus à Paris un mois plus tôt, et nous que vous ne fussiez pas restés un mois plus tard, mais nous espérons qu'à votre premier voyage vous nous récompenserez de votre prompt départ.
Adieu, mon cher papa, embrassez pour moi notre belle-mère et dites-lui que pour lui faire la cour j'appellerai mon petit garçon Léopold.