Nous attendons une prompte réponse pour nous mettre hors d'inquiétude de toutes les santés auxquelles nous nous intéressons vivement, et je vous prie, cher papa, de me croire votre respectueuse fille.
A. Hugo.
Ce mardi.
Le génie n'est pas léger, et l'esprit, cette mousse des vins pétillants, lui semble peu familier. Comme la gaîté chez Rabelais, la plaisanterie était, chez Hugo, énorme. La signature de la jeune femme de prêter donc à ce thème:
Mon cher papa,
Je crois que c'est pour te donner une image de son ventre toujours croissant que mon Adèle a fait si fortement saillir les rondeurs de sa signature. Je vois avec un sentiment bien doux approcher l'heureuse époque qui nous réunira autour d'un berceau.
J'ai reçu ta note relative à M. Eloy et je m'occupe de son affaire en même temps que de celle de M. Lebarbier. Dès que j'aurai une décision favorable, je la leur transmettrai.
Adieu, cher papa, embrasse bien notre Eugène, présente nos respects à notre belle-mère et aime-nous toujours comme nous t'aimons.
Ton fils tendre et respectueux,
Victor.
Les espérances étaient vaines d'un retour à la raison d'Eugène Hugo. L'on s'est bercé de cet espoir, mais, bientôt, il y fallut renoncer, et le pauvre dément n'a point tardé à quitter l'oasis de la rue du Foix pour être traité dans la maison de santé du Dr Esquirol[63].
[63] Jean-Étienne-Dominique Esquirol, né à Toulouse en 1772, mort à Paris en 1840. Il continua et compléta les travaux de Pinel. Son principal ouvrage: Des Maladies mentales considérées sous le rapport médical, hygiénique et médico-légal (Paris, J.-Baillière, 1838, 2 in-8º), est devenu classique. Il y a tracé, entre autres, un navrant tableau de la folie et de la déchéance de Théroigne de Méricourt.