C'est mon bon petit cousin Adolphe Trébuchet, qui te remettra cette lettre où tu trouveras le reçu de M. Esquirol. Nous n'avons encore pu voir notre pauvre Eugène à Saint-Maurice; il faut une permission et il est assez difficile de l'obtenir.

Abel a du reste obtenu en attendant de ses nouvelles qui sont loin malheureusement d'être satisfaisantes; il est toujours plongé dans la même mélancolie; il a pendant quelque temps refusé toute nourriture; mais enfin la nature a parlé, il a consenti à manger. Le traitement qu'il subit n'exige pas encore à ce qu'il paraît un supplément de pension, quand cela sera nécessaire, on nous en avertira.

Ces détails me navrent, cher papa, et il me faut toute la joie de ton prochain retour pour ne pas me livrer en ce moment au désespoir.

M. Foucher et Abel vont bientôt t'écrire, moi-même je me hâterai de te transmettre tout ce que l'état de notre cher malade offrira de nouveau.

Adieu, cher papa, il est inutile de te recommander cet Adolphe que nous aimons tous comme un frère; je crois qu'il désire vivement voir Chambord, et ce sera pour lui comme pour toi un plaisir de passer quelques jours à Blois, si l'urgence de son voyage le lui permet.

Je t'embrasse tendrement pour moi et mon Adèle, présente nos hommages empressés à notre belle-mère, qui, nous l'espérons, est rétablie.

Ton fils soumis et respectueux,
V.-M. H.
Ce 1er juillet 1823.

IV

Léopold Hugo.—Sa naissance.—Des ennuis de nourrice.—La Muse française.—Le petit Léopold à Blois.—Le cri de la mère.—Sa mort.—A l'ombre d'un Enfant.

Le général Hugo n'a pu arriver à Paris à temps pour être un des premiers à voir son petit-fils. La grossesse d'Adèle Hugo a été difficile, l'accouchement laborieux. Le petit Léopold est venu au monde presque mourant.