Les yeux du père et de la mère n'ont point tardé à se dessiller. La femme à laquelle ils avaient confié leur enfant, la croyant bonne et douce, leur semble, maintenant, d'un caractère méchant et faux.
Ils ont hâte de le lui retirer. Victor demande au général de lui trouver à Blois ou dans les environs une nourrice dont le lait n'ait pas plus de quatre ou cinq mois.
Ils lui confieront le petit Léopold. Éloigné de ses parents, il sera au moins soumis à l'affectueuse surveillance du général et de sa femme.
Mon cher papa,
Je me félicitais de n'avoir plus que d'excellentes nouvelles à te mander, lorsqu'un événement imprévu m'oblige à recourir à tes conseils et à ton assistance. La nourrice à laquelle il a fallu confier notre enfant ne peut nous convenir. Cette femme nous trompe, elle paraît être d'un caractère méchant et faux: elle a abusé de la nécessité où nous étions de placer cet enfant; nous l'avons d'abord crue bonne et douce, maintenant nous n'avons que trop de raisons pour lui retirer notre pauvre petit Léopold le plus tôt possible. Nous désirerions donc, mon Adèle et moi, après avoir pris la résolution de le retirer à cette femme, que tu nous rendes le service de nous trouver à Blois ou dans les environs une nourrice dont le lait n'ait pas plus de quatre ou cinq mois, et dont la vie et le caractère présentent des garanties suffisantes. D'ailleurs nous serions tous deux tranquilles, sachant notre Léopold sous tes yeux, et sous ceux de ta femme. C'est ce qui nous a décidés à le placer à Blois plutôt que partout ailleurs.
Il est inutile cher et excellent père, de te recommander une prompte réponse, la santé de ton petit-fils pourrait être altérée du moindre retard. Je ne te demande pas pardon de tous les soins que nous te donnons, je sais qu'ils sont doux à ton cœur bon et paternel.
Adieu, cher papa, Eugène va mieux physiquement: tout le monde ici t'embrasse aussi tendrement que ton fils qui t'aime. Hâte ton arrivée, réponds-moi vite, et crois mon amour aussi respectueux qu'inaltérable.
Victor.
29 juillet.
Je te fais envoyer la Muse française[70], recueil littéraire à la rédaction duquel je participe. Je te remettrai à Paris la deuxième édition de Han d'Islande[71].
[70] La Muse française parut de juillet 1823 à juin 1824, chez Ambroise Tardieu, éditeur, rue du Battoir-Saint-André, nº 12, en douze livraisons formant 2 volumes in-8º, avec, en épigraphe, cette citation de Virgile: