Pour pouvoir t'exprimer la joie et la reconnaissance dont nous pénètrent (sic) ta lettre, il faudrait qu'il fût possible en même tems de dire tout ce qu'il y a de sentiments tendres et de touchante bonté dans ton cœur paternel. Ainsi tu veux entrer plus encore que moi dans mes devoirs de père, et en effet le premier sourire comme le premier regard de ce pauvre petit Léopold te sera dû. Je voudrais épancher ici tout ce que ta fille et moi ressentons d'amour pour toi, mon excellent père, mais il faudrait répéter ici tout ce qui remplit nos entretiens depuis deux jours, et je me borne à ce qui n'excède pas les limites de ce papier.
A la réception de ta lettre, mon cœur était trop plein, et je voulais te répondre sur-le-champ. Mais un avis sage l'a emporté sur mon impatience, et j'ai attendu que ce que tu avais si bien préparé fût exécuté, pour pouvoir, en t'exprimant notre vive reconnaissance, te donner en même tems des nouvelles de ton Léopold, de la nourrice et de mon Adèle.
La nourrice est arrivée hier matin bien portante et gaie; elle nous a remis ta lettre et tes instructions ont été suivies de tout point. Tout le monde a été enchanté et d'elle et de son nourrisson. Nous avons dans la même matinée retiré ton pauvre enfant de chez sa marâtre, et il a parfaitement commencé toutes ses fonctions. Je ne sais si c'est illusion personnelle, mais nous le trouvons déjà mieux ce matin.
Adieu, bon et bien cher papa, exprime, de grâce, à ta femme toute notre vive et sincère gratitude, il nous tarde de la lui exprimer nous-mêmes, et nous t'embrassons tendrement en attendant cet heureux jour.
Ton fils reconnaissant et respectueux,
Victor.
3 août.
Tu trouveras inclus le mot que je te prie de communiquer au père nourricier. Adieu, adieu.
La santé d'Eugène continue à se soutenir physiquement, mais il est toujours d'une malpropreté désolante. Le Val-de-Grâce n'a envoyé avec lui à Charenton qu'une partie de son linge; nous nous occupons de rassembler le reste pour le lui faire porter. Ce qui me contrarie vivement, c'est l'extrême difficulté de voir notre pauvre frère à Saint-Maurice.
Les nouvelles d'Eugène ne sont guère bonnes, comme on voit. Et d'après ce mot, la jeune maman est loin encore d'être rétablie.
Mon cher papa,
Quoique très faible encore, je ne puis laisser échapper l'occasion de vous exprimer toute ma reconnaissance qui ne pourra jamais être trop grande pour vos bontés et celles de notre belle-mère. Croyez que nous sommes profondément touchés de tout ce qui fait notre bonheur aujourd'hui, car depuis que nous avons cette nourrice j'espère élever mon petit Léopold qui vous devra une seconde vie et combien nous serons heureux de pouvoir visiter en même temps et notre enfant et vous, mes chers parens. Adieu, papa, embrassez la grand'maman de mon petit Léopold pour moi.