Mon cher papa,

Je t'écris à la hâte quelques mots; M. de Féraudy attend ma lettre et le paquet; ma femme se dépêche de terminer ce qu'elle envoie à ses bons parents de Blois; j'espère que tu en seras content; et je me tais parce que je craindrais en louant le talent de mon Adèle, de paraître vouloir rehausser son présent. Nous aurions bien voulu t'envoyer ceci encadré; mais M. de Féraudy nous ayant fait quelques observations sur la difficulté du transport, tu sens qu'une délicatesse impérieuse nous a interdit de t'offrir ce beau dessin dans toute sa splendeur. Au reste M. de Féraudy s'est chargé de la commission avec une grâce toute parfaite, et je te prie de lui réitérer à Blois tous nos vifs remerciemens.

Il y a bien longtems, ce me semble, cher papa, que nous n'avons de vos nouvelles. Comment se porte ta femme? Console-la en notre nom de notre malheur. Je chercherai ce que tu me demandes.

Mon Adèle est toujours bien souffrante. Ce coup n'a pas contribué à la remettre. Cependant, elle a éprouvé une grande douceur à faire quelque chose pour toi, mon excellent père, et pour la grand'mère de son Léopold. Elle ne prend pas en ce moment la plume pour vous parce qu'elle tient encore le crayon.

Je ne puis m'empêcher de te dire tout bas que son dessin a fait ici l'admiration de tous ceux qui l'ont vu.

Ce bon Adolphe est peut-être à Blois en ce moment, embrasse-le pour nous en attendant que je l'embrasse pour toi. Adieu, bon et cher papa. Nos respects à ta femme. Nous t'embrassons bien tendrement. Il faut fermer ma lettre. M. de Féraudy m'attend; une ligne de plus serait une indiscrétion.

V.
Samedi, novembre.

Le 2 décembre 1823, date de la rentrée plus officielle que triomphale du duc d'Angoulême à Paris,—l'anniversaire d'Austerlitz!—Adèle Hugo rend compte au général des démarches de Victor et de ses espérances.

Le marquis de Clermont-Tonnerre, à qui il a lu son ode sur La guerre d'Espagne, l'a engagé à la remettre au duc d'Angoulême.

Le libraire Ladvocat vient d'acheter pour deux ans, moyennant deux mille francs, la propriété des odes.