En attendant, cher papa, que je puisse te rendre un compte détaillé des démarches que le major et moi faisons pour notre cousin, M. Michaud[80], je ne puis m'empêcher d'ajouter quelques mots à la lettre de mon ange.
[80] Joseph Hugo, père du général, menuisier, «très excellent républicain», couronné, le 10 floréal an V, à Nancy, lors de la fête des époux, avait épousé en secondes noces, Jeanne-Marguerite Michaud, gouvernante d'enfants chez le comte Rosières d'Euvezin; d'où ce cousinage.
Je ne saurais te dire quel plaisir nous font les lettres de Blois, et si je n'étais accablé de mes prochaines publications, j'y répondrais bien plus promptement; mais les soins à donner à mon nouveau recueil qui s'imprime, outre l'affaire de mes banqueroutiers et les démarches sans nombre qui se disputent mes instans, m'ôtent la douceur de t'écrire aussi fréquemment que l'exigerait mon attachement profond pour toi et ta femme.
M. le marquis de Clermont-Tonnerre, avec qui j'ai déjeuné dernièrement m'a chargé de mille choses aimables pour toi; il est tout disposé à te servir, et je voudrais que toi tu employasses tes amis, parmi lesquels il en est de si puissans, à obtenir au moins une inspection générale.
M. Foucher, qui compte incessamment t'écrire et Mme Foucher, ainsi qu'Abel, le major et sa femme vous embrassent tendrement. Quant à moi, cher et excellent père, tu connais mon profond et respectueux dévouement.
Victor.
Ce lundi 19.
Le voyage à Blois est remis: Adèle Hugo est à nouveau enceinte et les médecins lui ont interdit la voiture. Les Nouvelles Odes viennent de paraître[81]; mais, par la négligence de Ladvocat, le général n'a pas encore reçu l'exemplaire sur vélin qui lui est destiné. La publication de ce «méchant livre» initie Victor Hugo aux «courses indispensables» connues des auteurs.
[81] Les Nouvelles Odes avaient paru chez Ladvocat quelques jours auparavant (Journal des Débats du 24 mars 1824) avec cette épigraphe: Nos canimus surdis et formaient un volume grand in-8º, orné d'une gravure, vendu 4 francs. Les Débats en rendirent compte le 14 juin sous l'initiale Z, signature de M. Hofman. Victor Hugo répondit aux critiques qui lui étaient adressées par une longue lettre publiée dans le numéro du 26 juillet suivant.
M. de Féraudy, candidat, sans doute, avec ses fables, à une récompense de l'Académie, a été également l'objet des démarches de son confrère.
Le poète est décidément fort bien en cour. Il vient de déjeuner derechef avec M. de Clermont-Tonnerre. Le duc d'Angoulême aurait lu les Mémoires du général et aurait regretté, au dire du marquis, qu'il n'ait pas «été employé dans la dernière guerre d'Espagne».