Trois mois se sont écoulés. L'inspection générale rêvée par Victor pour son père, vient, malgré tous leurs efforts, de leur échapper. Le duc d'Angoulême réservait ces fonctions à des généraux ayant fait avec lui la campagne d'Espagne.

Il n'y a pas lieu de se désespérer, néanmoins. C'est peut-être une chance de plus d'obtenir le titre de lieutenant-général si ardemment désiré.

Puis, c'est la disgrâce de Chateaubriand...

Elle était encore bien complète. Le 6 juin 1824, une ordonnance royale confiait l'intérim des Affaires étrangères à M. de Villèle[82], sans même indiquer que le vicomte de Chateaubriand fût démissionnaire, ni même appelé à d'autres fonctions.

[82] Par ordonnance du 4 août le baron de Damas devait se voir attribuer le portefeuille des Affaires étrangères.

A nouveau il était chassé du Ministère. La comtesse du Cayla, née Talon, triomphait.

Même à la cour de Louis XVIII, les dessous de cartes de la politique sont toujours plaisants à connaître et ceux-ci de ne point manquer à la règle.

Dans ce renvoi brusque de Chateaubriand, en dehors de l'animosité de la favorite du vieux roi et de la rancune de M. de Villèle, qui ne pouvait pardonner à son collègue des Affaires étrangères d'avoir prétexté d'un enrouement pour ne pas défendre, au Luxembourg, son projet de conversion des rentes, il y a, dirai-je, une histoire de femme, et peu banale, en vérité.

Malgré ses cinquante-cinq ans, Chateaubriand était une fois de plus amoureux, amoureux comme un jeune homme, comme on l'est à peine hors de page, et écrivait à sa maîtresse—oh, cette fugue si malencontreusement interrompue, tous les deux, vers Dieppe!—les lettres les plus insensées.

Ces lettres à une presque inconnue, Mme de C..., M. Léon Séché les a publiées dans les Annales Romantiques[83] où leur publication fit du bruit, et reproduites, non sans dévoiler en partie l'anonymat de la nouvelle amie de René, dans son bel ouvrage sur Hortense Allart de Méritens[84].