[83] Juillet-octobre 1907, pp. 257-301.
[84] Paris, Société du Mercure de France, 1908, in-8º, pp. 98-104.
Le nom de la dame n'avait pas été prononcé, cependant. Les Souvenirs du Baron de Frénilly, récemment publiés[85], ne laissent aucune incertitude à ce sujet, pas plus que sur les motifs de la grande colère de Louis XVIII qui amena cette seconde révocation.
[85] Souvenirs du baron de Frénilly, pair de France (1768-1828), publiés avec introduction et notes par Arthur Chuquet, membre de l'Institut, Paris, Plon-Nourrit et Cie, 1908, in-8º.
L'incendie qui dévorait son cœur ne faisait point assez oublier au Ministre l'influence à laquelle il pouvait prétendre vis-à-vis de cet infortuné Ferdinand.
Les affaires sont les affaires.
Chateaubriand «avait donc joint au portefeuille des affaires étrangères celui des affaires particulières de Mme Boni de Castellane[86] dont il était l'admirateur fort peu secret, avant, je crois, que mon ancien ami Molé[87] eût recueilli sa succession, et cette dame ayant vendu 1.800.000 francs sa terre de Saint-Pierre de Moustier, il n'avait su rien de mieux que de lui conseiller le placement de ces fonds dans l'emprunt des Cortès d'Espagne. Par suite, quand Ferdinand, replacé sur son trône par Louis XVIII, refusa fort sagement de reconnaître cet emprunt révolutionnaire, Chateaubriand, voyant son amie ruinée, n'avait encore su rien de mieux que de charger Talaru[88] de mettre le pied sur la gorge au monarque espagnol pour le forcer à légitimer l'emprunt, et Talaru, à qui on ne peut nier la force et quelquefois les formes d'un cheval, avait si fidèlement rempli cette commission que le roi, irrité et éperdu, avait passé par-dessus toutes les formes diplomatiques en écrivant secrètement à Louis XVIII pour savoir de lui-même si c'était réellement par ordre de celui qui venait de le remettre sur le trône et qui avait annulé l'ordonnance d'Andujar[89] qu'on lui ordonnait de ruiner lui et son peuple pour enrichir les révolutionnaires d'Espagne et donner crédit et garantie aux révolutions futures... Le roi fut irrité ainsi que Villèle; le silence perfide de Chateaubriand dans l'affaire des rentes fit déborder le vase[90].»
[86] Louise-Cornélia-Eucharis de Greffulhe.
Marmont, dans une note de ses Mémoires (tome VII, p. 293), avait montré plus de discrétion:
«M. de Chateaubriand était lié d'une manière intime avec une personne de la Cour, qui est assez connue pour que je ne donne aucun détail sur elle...»