Je crois que M. Foucher envisage la chose comme moi; au reste, il va t'écrire. Quant à moi, je griffonne à la hâte cette lettre. Mes yeux sont toujours bien faibles, et notre emménagement n'est pas encore terminé[92]. Mon Adèle, qui se porte toujours bien, va t'écrire et te répéter, ainsi qu'à ta femme, l'expression de notre filial et respectueux dévouement.

[92] Victor Hugo et sa femme venaient de s'installer au nº 90 de la rue de Vaugirard.

Victor.

Si mon illustre ami revient aux affaires, nos chances triplent. Nos rapports se sont beaucoup resserrés depuis sa disgrâce, ils s'étaient fort relâchés pendant sa faveur.

Ce 27 juin.

Cependant, une fille est née dont le berceau est venu remplacer celui de l'enfant mort à Blois. Elle porte aussi le prénom du grand-père. C'est Léopoldine: elle devait épouser plus tard Charles Vacquerie, et trouver avec lui une fin si tragique à Villequier, le 4 septembre 1843.

La femme du général Hugo en est marraine. La petite va bien et n'a pas encore de dents. Le jeune ménage se fait une fête de la conduire bientôt grande rue du Foix.

Mon cher papa,

J'attendais toujours pour vous écrire que mon mari eût fini le portrait de ma Didine, mais comme ma fille remue toujours et que Victor exige un modèle tranquille, il est très long à le terminer, et moi je m'ennuyais de ne pas vous écrire. Si je ne vous aimais trop je vous gronderais de n'avoir pas compris le motif de mon silence, et de ne m'avoir pas donné de vos nouvelles, mais j'espère mon cher papa que vous ne tarderez pas à nous satisfaire en me donnant en détail des nouvelles de la santé de ma bonne mère.

Ma fille se porte très bien et n'a pas encore de dents. Elle est très gaie et nous amuse beaucoup; il me tarde bien de vous la remettre entre les bras, aussi comptons-nous partir, si cela arrange vos projets, dans deux mois; nous nous faisons une si grande fête de vous voir que je voudrais que ce fût demain. Au surplus, mon cher papa, écrivez-nous quand il vous sera commode de nous recevoir.