Mon Victor vous embrasse, embrasse la marraine de notre Didine; et moi mon cher papa je vous aime tous deux à l'égal de votre bonté, d'après cela jamais il n'y a eu de plus tendre fille. Je vous écrirais plus longuement, mais ma fille me réclame.

Votre respectueuse fille,
A. Hugo.

Cette lettre est adressée au Général comte Hugo (en toutes lettres) et Victor y a joint ce court billet:

Ce 19 février.

J'ajoute un mot, cher papa, à la lettre de notre Adèle. Je voudrais pouvoir ajouter quelque chose à l'expression de sa tendresse pour toi et ta femme; mais je ne saurais exprimer mieux qu'elle, ce qu'elle sent aussi bien que moi. Je voulais, comme elle te le dit, t'envoyer le portrait de ta Léopoldine dans ma plus prochaine lettre, mais mon désir de te le donner ressemblant me l'ayant déjà fait deux ou trois fois recommencer: je ne veux pas tarder plus longtemps à solliciter de tes nouvelles pour nous, pour Abel et pour la famille Foucher.

Rabbe[93], qui est venu hier dîner avec nous, m'a parlé de toi avec le plus tendre et le plus respectueux attachement. C'est un bon et noble ami.

[93] Alphonse Rabbe, né en 1786 dans les Basses-Alpes, mort à Paris, le 1er janvier 1830. Après avoir créé à Marseille le Phocéen, essai d'un quotidien en province, Rabbe était venu à Paris, où il collabora au Courrier français, aux Tablettes universelles (1820-1824) et à différents périodiques.

Il dirigea la Biographie universelle et portative des Contemporains à ses débuts et en demeura le collaborateur. Il a laissé, entre autres travaux, des résumés de l'histoire d'Espagne et de celle de Russie.

Une maladie cruelle avait défiguré Alphonse Rabbe et Victor Hugo raconte comment le pauvre homme évitait, en raison de sa laideur, de se laisser voir par Adèle Hugo, durant sa grossesse (Victor Hugo raconté, p. 69-70).

Louis nous a envoyé ces jours-ci un superbe panier de gibier que nous avons mangé en famille avec le vif regret de ne pas vous le voir partager.