[98] La Butte des Capucins.

Cf. Dr H. Chauveau: Mémoire sur les Buttes dans le département de Loir-et-Cher. Blois, imp. Lecesne, 1866, in-8, de 39 pp. (carte).

A. de Rochas: Les Buttes et la télégraphie optique. Mémoires de la Société des Sciences et Lettres de Loir-et-Cher, tome XI (1886), pp. 1-26 (carte).

La ville m'apparaissait non plus comme le matin, gaie et ravissante, pêle-mêle, mais harmonieuse; elle était coupée en compartiments d'une belle masse, se faisant équilibre; les plans reculaient, les étages se superposaient avec à-propos et tranquillité. La cathédrale, l'évêché, l'église noire de Saint-Nicolas[99], le château, autant citadelle que palais, les ravins mêlés à la ville, les montées et les descentes où les maisons tantôt grimpent, tantôt dégringolent, le pont avec son obélisque, la belle Loire serpentant, les bandes rectilignes de peupliers, à l'extrême horizon, Chambord indistinct avec sa futaie de tourelles, les forêts où s'enfonce l'antique voie dite «ponts romains»[100] marquant l'ancien lit de la Loire, tout cet ensemble était grand et doux. Et puis mon père aimait cette ville.

[99] Ancienne église de l'abbaye bénédictine de Saint-Laumer.

[100] Les «ponts châtrés», vulgairement appelés «ponts chartrains».

Vous me la rendez aujourd'hui.

Grâce à vous, je suis à Blois. Vos vingt eaux-fortes montrent la ville intime, non la ville des palais et des églises, mais la ville des maisons. Avec vous, on est dans la rue; avec vous on entre dans la masure; et telle de ces bâtisses décrépites, comme les logis en bois sculpté de la rue Saint-Lubin[101], comme l'hôtel Denis Dupont[102], avec sa lanterne d'escalier à baies obliques suivant le mouvement de la vis de Saint-Gilles, comme la maison de la rue Haute, comme l'arcade surbaissée de la rue Pierre-de-Blois étale toute la fantaisie gothique, ou toutes les grâces de la Renaissance, augmentées de la poésie du délabrement. Être une masure, cela n'empêche pas d'être un bijou. Une vieille femme qui a du cœur et de l'esprit, rien n'est plus charmant. Beaucoup des exquises maisons dessinées par vous sont cette vieille femme-là. On fait avec bonheur leur connaissance. On les revoit avec joie, quand on est, comme moi, leur vieil ami. Que de choses elles ont à vous dire, et quel délicieux rabâchage du passé! Par exemple, regardez cette fine et délicate maison de la rue des Orfèvres, il semble que ce soit un tête-à-tête. On est en bonne fortune avec toute cette élégance. Vous nous faites tout reconnaître, tant vos eaux-fortes sont des portraits. C'est la fidélité photographique, avec la liberté du grand art. Votre rue Chemonton est un chef-d'œuvre. J'ai monté, en même temps que ces bons paysans de Sologne peints par vous, les grands degrés du château. La maison à statuettes de la rue Pierre-de-Blois est comparable à la précieuse maison des musiciens de Woymouth. Je retrouve tout.

[101] Vieille rue de Blois, bien connue des touristes pour ses maisons du XVe siècle. L'une d'elles, dont il existe un curieux dessin par Victor Hugo, aurait été habitée par Marion Delorme, que certains, (le bibliothécaire Dupré, entre autres, qui en a publié un acte de naissance), prétendent née à Blois.

[102] Denys Dupont,—Pontanus—avocat et célèbre jurisconsulte blaisois; l'un des principaux auteurs de la Coutume de Blois et son commentateur. (Blois, Angelier, 1556; Paris, Billaine, 1677.)