[107] Pavillon situé dans les anciens jardins bas du château et y faisant face, souvent improprement appelé «Bains de Catherine».
Anne de Bretagne s'y était retirée durant l'excommunication de Louis XII.
Cf. Pierre Lesueur: Les Jardins du château de Blois et leurs dépendances. Blois: C. Migault et Cie, in-8º, de 225 pp. (Pl.)
Ce Louis XII a, comme Henri IV, des côtés aimables. Il fit beaucoup de sottises, mais c'était un roi-bonhomme. Il jetait au Rhône les procédures commencées contre les Vaudois. Il était digne d'avoir pour fille cette vaillante huguenote astrologue, Renée de Bretagne, si intrépide devant la Saint-Barthélémy et si fière à Montargis. Jeune, il avait passé trois ans à la tour de Bourges, et il avait tâté de la cage de fer. Cela qui aurait rendu un autre méchant, le fit débonnaire.
Il entra à Gênes, vainqueur, avec une ruche d'abeilles dorée sur sa cotte d'armes et cette devise: Non utitur aculeo. A Aignadel, à un courtisan qui disait: Vous vous exposez, sire, il répondait: Mettez-vous derrière moi. C'est lui aussi qui disait: Bon roi, roi avare. J'aime mieux être ridicule aux courtisans que lourd au peuple. Il disait: La plus laide bête à voir passer, c'est un procureur portant ses sacs. Il haïssait les juges désireux de condamner et faisant effort pour agrandir la faute et envelopper l'accusé. Ils sont, disait-il, comme les savetiers qui allongent le cuir en tirant dessus avec leurs dents. Il mourut de trop aimer sa femme, comme plus tard François II doucement tués l'un et l'autre par une Marie. Cette noce fut courte. Le 1er janvier 1515, après quatre-vingt-trois jours ou plutôt quatre-vingt-trois nuits de mariage, Louis XII expira, et comme c'était le jour de l'an, il dit à sa femme: Mignonne, je vous donne ma mort pour vos étrennes. Elle accepta de moitié avec le duc de Brandon.
L'autre fantôme qui domine Blois est aussi haïssable que Louis XII est sympathique. C'est ce Gaston, Bourbon coupé de Médicis. Florentin du XVIe siècle, lâche, perfide spirituel, disant de l'arrestation de Longueville, de Conti et de Condé: Beau coup de filet, prendre à la fois un renard, un singe et un lion! Curieux artiste, collectionneur, épris de médailles, de filigranes et de bonbonnières, passant sa matinée à admirer le couvercle d'une boîte en ivoire, pendant qu'on coupait la tête à quelqu'un de ses amis, trahi par lui[108].
[108] Non sans courage,—il est des réhabilitations difficiles—un descendant de Brunyer, l'ancien médecin de Gaston, M. J. de Pétigny, de l'Institut, protesta dans une lettre à la France Centrale (9 juin 1864), contre la sévérité de ce jugement.
Toutes ces figures, et Henri III, et le duc de Guise, et d'autres, y compris ce Pierre-de-Blois[109], qui a pour gloire d'avoir prononcé le premier le mot transsubstantiation, je les ai revues, Monsieur, dans la confuse évocation de l'histoire, en feuilletant votre précieux recueil. Votre fontaine de Louis XII m'a arrêté longtemps. Vous l'avez reproduite comme je l'ai vue, toute vieille, toute jeune, charmante. C'est une de vos meilleurs planches. Je crois bien que la Rouennerie en gros, constatée par vous, vis-à-vis l'hôtel d'Amboise, était déjà là de mon temps[110]. Vous avez un talent vrai et fin, le coup d'œil qui saisit, le style la touche ferme, agile et forte, beaucoup de naïveté, et ce don rare de la lumière dans l'ombre. Ce qui me frappe et me charme dans vos eaux-fortes, c'est le grand jour, la gaieté, l'aspect souriant, cette joie du commencement qui est toute la grâce du matin. Des planches sont baignées d'aurore. C'est bien là Blois, mon Blois à moi, ma ville lumineuse. Car la première impression de l'arrivée m'est restée. Blois est pour moi radieux. Je ne vois Blois que dans le soleil levant. Ce sont là des effets de jeunesse et de patrie.
[109] Pierre de Blois, né dans le faubourg de Vienne, vers 1130. Après avoir étudié le droit à Bologne et la théologie à Paris, fut tour à tour, en Angleterre, où il mourut en disgrâce vers 1200, secrétaire et confident de Henri II Plantagenet et chancelier de l'archevêque de Cantorbéry, qui lui conféra l'archidiaconé de Bath.
Les lettres qu'il a laissées sont, au dire des biographes, pleines de jugements satiriques et violents sur ses contemporains.