[110] Une plaque de cuivre gravé a ramené cette inscription à des proportions plus modestes.

Je me suis laissé aller à causer longuement avec vous Monsieur, parce que vous m'avez fait plaisir. Vous m'avez pris par mon faible, vous avez touché le coin sacré des souvenirs. J'ai quelquefois de la tristesse amère, vous m'avez donné de la tristesse douce. Être doucement triste, c'est là le plaisir. Je vous en suis reconnaissant. Je suis heureux qu'elle soit bien conservée, si peu défaite, et si pareille encore à ce que je l'ai vue il y a quarante ans, cette ville à laquelle m'attache cet invisible écheveau des fils de l'âme, impossible à rompre, ce Blois qui m'a vu adolescent, ce Blois où les rues me connaissent, où une maison m'a aimé, et où je viens de me promener en votre compagnie, cherchant les cheveux blancs de mon père et trouvant les miens.

Je vous serre la main, Monsieur.

Victor Hugo.

Publiée d'abord dans la Gazette des Beaux-Arts[111], la Presse et la France Centrale[112], souvent reproduite depuis, cette lettre fixe au 17 avril 1825 l'arrivée de Victor Hugo à Blois.

[111] Gazette des Beaux-Arts, juin 1864.

[112] La France Centrale, 2 juin 1864.

Le commissionnaire essoufflé remettant au poète «la grande lettre cachetée de rouge qui venait d'arriver chez lui et que son beau-père lui envoyait en toute hâte» de Victor Hugo raconté par un Témoin de sa Vie risque donc fort d'appartenir à la légende.

C'est dommage, car nous y perdons cette jolie scène.

A Blois, le général était à la descente de la voiture. Victor Hugo, sachant le plaisir qu'il ferait à son père, lui tendit aussitôt son brevet et lui dit: