«Même en hiver, le pantalon des petites filles avait toujours été blanc; on le fait en mérinos, comme la robe et on le garnit de fourrure[156]».
En 1820, cependant, le pantalon semble prendre le meilleur et quelques femmes commencent à en porter; nouveauté que le recueil de La Mésangère n'est pas sans trouver un peu ridicule.
Dans un article consacré au budget d'un ménage parisien, on lit, à la date du 31 mai 1820:
«On ne croirait pas une chose, c'est qu'une des plus fortes dépenses de ma belle est en caleçons; elle en fait faire par douzaines, et elle ne monte pas une fois à cheval, elle ne rentre pas du bal ou du bain que ses pauvres caleçons ne soient en loques; elle a une ouvrière à demeure exprès pour les entretenir[157]».
Plus que jamais, La Mésangère attribue au pantalon une origine anglaise; l'explication qu'il en fournit ne laisse pas d'être assez inattendue:
«On sait que les Anglaises ont plus d'occasions que nos dames de faire des voyages sur mer, et par conséquent de monter à l'échelle, qui est ordinairement fixée le long du bord du vaisseau. Comme elles ont remarqué qu'en cette circonstance elles étaient exposées à laisser trop voir leur jambe, elles ont, par bienséance, et non par coquetterie, adopté la mode des chemises et des caleçons garnis de malines brodée. On se doute bien que nous ne parlons que des dames, d'une certaine classe, et non de celles qui ne possèdent pour toute garde-robe qu'un jupon blanc, un spencer noir, et un shall bleu[158]».
Les occasions de monter à l'échelle manquant en France, non seulement les femmes, mais nombre de petites filles, ne portaient pas de culottes, ce qui ne les empêchait pas de sauter à la corde «avec une décence admirable»:
«Passez aux Tuileries, et vous verrez toutes les petites filles (même celles qui ne sont point en pantalon), munies d'une longue tresse terminée par deux poignées en bois, sauter, faire sur cette corde des croisés, des doubles et jusqu'à des triples tours, avec une décence admirable[159]»:
Au Bois, où la promène, le matin son père, nous apparaît, en voiture, ainsi vêtue «Mlle Emma, âgée de 6 ans: grand chapeau à bord plat, en tissu, dit paille de riz, entouré d'un simple ruban Bleu Elodie; tunique et pantalon de perkale, avec une triple garniture; souliers de maroquin rouge lacé(s)...[160].
Malgré le manque de pantalons, les jupes continuent à être courtes, très courtes; des trotteuses ou peu s'en faut et elles ne sont pas sans grâce: