«Elle ne se servait guère que de linge blanc, rehaussé, il est vrai, par des dentelles merveilleuses; mais l'instinct suggestif des couleurs, dans sa lingerie intime, lui était inconnu.
«Ses bas, ses pantalons, ses chemises, ses jupons étaient blancs, et une femme de la société régulière eût provoqué un scandale inouï si elle se fût avisée de paraître dans un salon, avec des dessous de couleur»[254].
On ne s'ennuyait pas, paraît-il, dans les salons, et on n'avait pas attendu le tango pour y montrer ses dessous.
Des protestations s'élevaient bien encore çà et là contre le pantalon et contre les «petits tableaux risqués» auxquels il donnait lieu.
Les moralistes ont toujours été particulièrement chatouilleux:
«Des petits tableaux risqués, un pied qui fait deviner le reste,—un pantalon féminin qui n'entre pas, et qui amène la comparaison idalienne du gant dont le pouce est trop étroit. La scène se passe toujours entre maris et femmes. C'est libertin, mais moral»[255].
D'autres adversaires, étaient plus sérieux. C'étaient les amants de la femme qui ne lui pardonnaient pas ce déguisement qui les déroutait, et qui, pour peu que le pantalon fût fermé, paralysait leurs efforts.
Pour reprendre une jolie expression d'Albert Aurier, ils aimaient trop leur amie pour multiplier les obstacles entre sa chair et la leur[256].
Le pantalon leur inspirait à ceux-là, non de l'aversion, mais de la haine.
Ils la cachaient peu; les puissants de ce monde n'ont guère à dissimuler leurs sentiments et une anecdote, si indiscrète soit-elle, a chance de ne pas pas se perdre, quand elle a eu pour théâtre le palais des Tuileries et pour héros le roi d'Italie.