«Vit-on jamais pareille méprise?—Si, en thèse générale, l'axiome se peut comprendre et soutenir, croyez bien que dans le sens même de la toilette de ce temps, l'hérésie est complète. Ne sentons-nous pas que le moraliste qui a ciselé cette pensée appartenait à l'époque où l'on se pâmait devant un bas bien tiré et à coins verts? Combien loin de nous nos honnêtes ancêtres!—Là où il n'y a que des pagnes, il n'y a pas d'amour!—voyez-vous ça?
«C'est à la vue du pagne, au contraire, que l'amour s'exaspère aujourd'hui, et il appartiendra du moins à cette fin de siècle d'avoir inventé un art incomparablement exquis, subtil, adorable, qui est la dernière expression mythologique de la femme. Je veux parler de l'art des dessous vaporeux et olympiens, du suprême goût des déshabillés, de la chemise, des bas, du corset, des jarretières, pantalons, petits jupons et peignoirs.
«Jusqu'alors la femme n'avait point absolument affiné ses sensations du vêtement intime; il lui a fallu des siècles pour pousser dans le dernier galant le goût délicat de ses voiles de la pudeur...»[259]
Des pages entières seraient à reproduire, bornons-nous à en emprunter la conclusion:
«Il n'est point de spectacle qui puisse valoir aux yeux d'un mari amoureux ou d'un amant passionné, doué du sens des chiffons, le spectacle du déshabillage de la femme aimée. Tous les mystères des Idoles antiques ne présentaient assurément pas dans leur symbole la troublante poésie des rites qui accompagnent le dévêtissement de nos élégantes divinités, à l'heure des apothéoses du désir, quand un à un tombent, légers comme de l'écume, les voiles qui froufroutaient autour d'elles»[260].
Certes, on n'en était pas là. Victor-Emmanuel très zouave,—ne lui avait-on pas décerné les galons honorifiques de caporal?—n'avait cure de la chanson des désirs et du poème des déshabillés. La possession lui suffisait, qui culbute et qui se repaît, les dessous lui importaient peu.
Encore que la chronique nous ait conservé le souvenir des «pantalons angulaires» de Cora Pearl, et que la photographie ait fixé sur la plaque sensible la silhouette non moins austère de «l'inexprimable» d'Alice la Provençale[261], nous savons peu de chose des demi ou quarts de mondaines du Second Empire.
Le «passage de l'inexprimable»[262] était bien devenu une des heures de la toilette des dames. Nombre d'entre-elles, cependant, n'en portaient pas encore, leurs braves femmes de mères ne les ayant pas habituées à ces complications.