Si ces constatations n'étaient par trop macabres, on n'aurait qu'à feuilleter les renseignements fournis par l'administration de la Morgue au lendemain des grandes catastrophes, pour se rendre compte de l'ignorance où la plupart vivent, dans le peuple, de ce vêtement.
Mais la Morgue ne saurait convenir à ces notes. A ces données posthumes, l'aventure de l'infortunée Élisa est préférable. Elle tenait du vaudeville et non du drame, ce qui n'empêcha la pauvre fille de donner aux gamins enchantés une preuve frappée encore plus que frappante de son manque de pantalon.
Rue de Maubuée, Elisa avait rencontré un de ses anciens amants. Peu galant, celui-ci, avait tenu en dépit de la présence des badauds, à profiter de l'occasion qui s'offrait de régler avec elle un ancien compte resté en suspens: la troussant à pleines mains, il lui avait appliqué une de ces magistrales fessées qui font époque dans la vie d'une femme. Les passants amusés, sans oublier le mitron et le télégraphiste de rigueur, avaient fait cercle autour du groupe. Des agents survinrent, firent circuler, comme il convenait, dressèrent procès-verbal et invitèrent les deux champions du match à les suivre au poste.
M. Duranton présidait alors aux destinées du commissariat auquel ils furent amenés, et à la proposition assez inattendue de la victime de cette attaque brusquée, sut opposer une aimable fin de non recevoir. Le commissaire ne se contente pas d'être bon enfant, il est souvent galant homme:
«M. Duranton interrogea le sieur F..., qui avoua son forfait. Quant à la fille Élisa, pour accabler son indigne adversaire, elle offrit au commissaire de lui prouver qu'elle avait été bel et bien dévisagée par le public, vu qu'elle ne portait pas de pantalon.
«M. Duranton a galamment refusé de faire la constatation demandée. Quant à F..., il a été gardé à sa disposition sous l'inculpation d'attentat à la morale publique»[274].
Renouvelé de l'Assommoir, spécifiait l'Intransigeant, en tête de ce filet que nous lui empruntons. Oui, au pantalon près, car la grande Virginie en portait: et Gervaise dut en débarrasser la fente pour lui administrer une correction aujourd'hui devenue aussi classique que le récit de Théramène:
«Dessous il y avait un pantalon. Elle passa la main dans la fente, l'arracha, montra tout, les cuisses nues, les fesses nues...»[275]
En faisant porter un pantalon à la grande Virginie, Zola ne s'est nullement écarté des données très exactes de son observation: c'est une fille bien plus qu'une ménagère. Il lui est familier ainsi qu'à ses semblables et semble faire partie de la profession.
C'est un des accessoires de leur trousseau par quoi s'avère les progrès de leur galanterie, elle en marque pour ainsi dire les étapes. Non moins juste est cette observation de Jean Reibrach: