«A mesure, elle s'amusait, faisait des allusions, en femme tenue au courant des histoires par le luxe croissant des dessous depuis l'arrivée des officiers; les chemises s'affinant, gardant des parfums; les pantalons se garnissant de dentelles peu à peu»[276].
Aussi ne faut-il pas s'étonner de voir cette gobette de Luce, aussitôt qu'elle est entrée dans la voie du mâle, se faire offrir par son vieux malpropre des chemises et des pantalons Empire, dont elle fait les honneurs à Claudine, laissée, à vrai dire, assez indifférente par les splendeurs et les anachronismes de cette lingerie:
—... As-tu vu mes chemises? viens voir mes chemises! J'en ai six en soie, et le reste Empire à rubans roses, et les pantalons pareils...
—Des pantalons Empire! Je crois qu'on n'en faisait pas une consommation effrénée, dans ce temps-là...
—Si dà, à preuve que la lingère me l'a dit qu'ils sont Empire!...[277].
Plus heureuse qu'Elisa, certaine institutrice d'Olivet, près Orléans, (pépiniéristes, bal, fritures) en portait, et, comme Claudine même, les portait fermés, circonstance favorable auquel le pharmacien Veinard, ce nom prédestiné, dût de comparaître devant la justice de son pays pour le simple délit de voies de fait et non sous l'inculpation beaucoup plus grave d'outrage aux mœurs.
Le pantalon fermé de l'institutrice, la fessée qu'elle reçut et le procès qui suivit; l'aventure eut à l'époque son heure de vogue et de gaîté. Le Figaro même souleva les voiles,—les jupes seraient plus exactes,—de la demoiselle. Après avoir joliment conté la chose, M. de Rodays concluait en ces termes:
«Maintenant, notons un bien joli détail. Il faut avouer que M. Veinard a une certaine dose de chance. Le fait d'avoir frappé publiquement un adversaire au visage constitue le simple délit de voies de fait; mais le fait d'être allé chercher sa vengeance dans des profondeurs plus cachées, plus intimes, et sur un champ de bataille plus étendu, constitue le délit fort grave d'outrage aux mœurs.
«Or, admirez cette circonstance merveilleuse: la main irritée du pharmacien d'Olivet avait rencontré un de ces vêtements que la pudeur anglaise empêcherait de nommer. Bref, l'institutrice portait... un pantalon. Ce qui fait que devant ce rempart de toile fine, tuyauté en bas, bien serré à la taille et hermétiquement clos de partout, les yeux indiscrets de l'assistance en furent absolument pour leurs frais.