Mais, une personne de votre éducation aurait-elle pu, chère Madame, n'en pas avoir?

La pluie, enfin, l'ennuyeuse pluie, qui rend les trottoirs gras et boueux et force tout ce petit monde à dévêtir sous les jupes haut relevées, la gamme des bas et la ligne amusante des jambes, n'est pas, certains jours du moins, sans faire passer un pantalon, en s'habillant, à d'aimables personnes, qui, s'il faisait soleil, s'en passeraient volontiers.

Le café-concert a chanté assez pauvrement ces brèves visions et sans s'attarder aux «petits vieux bien propres» auxquels sont familiers le trottoir de la rue de la Paix, je dirai un mot rétrospectif de cet objet aboli, la culotte cycliste.

Avant même que la bicyclette ait achevé de tourner au «bienfait social» et que la «petite reine» soit devenue la populaire bécane, la culotte avait disparu, remplacée par la jupe-culotte, puis, par la jupe, plus élégante sans doute, mais beaucoup moins pratique.

Mais, que voulez-vous? la mode l'ordonnait ainsi.

La culotte zouave avait cependant un grave inconvénient, que partage, d'ailleurs, la culotte marquise portée sous la jupe: il y avait des moments où elle devenait terriblement gênante. Aussi, ne faut-il pas s'étonner qu'un tailleur intelligent ait un jour songé à donner à la culotte de nos petites camarades le quelque chose qui lui manquait pour en faire l'égale de nos pantalons «un rien ce quelque chose; mais un rien qui compte terriblement en de certaines minutes au cours des longues étapes cyclistes.

«Quelques cyclowemen, émues des souffrances de leurs sœurs, ont pensé qu'il y avait une révolution à tenter sur ce terrain et, résolument elles ont ouvert une brèche dans le préjugé de la culotte cycliste,—entr'ouvert serait mieux dire, et combien discrètement.

«C'est à cette généreuse tentative que nous devons la Culotte Petit-Pont ingénieuse autant que décente, et aussi commode qu'élégante»[286].

Je ne sais si la culotte petit-pont a survécu aux «longues étapes cyclistes», mais l'idée n'est pas morte avec elles. Plus récemment, un catalogue s'adressant au monde de l'automobile, me révélait l'existence, avec dessin à l'appui, pour les femmes pour lesquelles l'auto est un sport, de la «culotte à pont, se porte sous les jupes de sport, satin de Chine ou Jersey».