«Les femmes et filles de par deça semblent avoir opinion que les hommes désirent qu'elles ayent les fesses et les cuisses grosses et rebondies, comme les Catayens[25] par ce qu'elles s'estudient à persuader cela aux hommes, par leurs amples vertugadins qu'elles portent. Davantage, elles font plus que icelles Catayennes, d'autant qu'icelles avoyent les fesses et cuysses sous leurs vestemens nües, et les femmes de par deça revestent ces parties de calçons, non pas de petite estoffe, comme de toille, ou de futaine, mais de satin, taffetas, veloux toille d'or et d'argent, qu'on ne leur fait monstrer; au contraire, par nos loix, celles qui les monstrent librement, et sans raison, sont infames: il eust été bien plus seant aux Catayennes de porter des calçons de ces riches estoffes, pour encore adiouster de la grace et allechement à ces parties, pour estre recherchees des hommes, pour les avoir à mary, que non pas à celles de par deçà, comme j'ay dit, qui ne leur est permis de les monstrer, encor moins de se laisser toucher. Ce qui donne occasion à plusieurs, de penser telles femmes, qui usent de ces façons de faire n'estre chastes»[26].

Une finale qui ressemble fort à celle d'Henri Estienne. L'on sait si les héroïnes de Brantôme se gênaient peu pour montrer leurs caleçons et les laisser toucher. Mais qui songea, jamais, à les taxer de pruderie?

Tous les historiens du costume, Racinet, Challamel, Ary Renan et autres ne manquent point de mentionner, avec plus ou moins de détails, cette intrusion du haut-de-chausses dans la toilette féminine.

Racinet et Challamel se montrent, toutefois, moins affirmatif que Quicherat:

«Les dames portaient sous la cage du vertugadin en tambour, le haut-de-chausses ajusté selon l'usage masculin; on lui donnait le nom de caleçon, mais il ne différait pas de celui des hommes; il était attaché à un pourpoint mis pardessus le corps piqué, ou corset à armature; les bas de soie de Naples ou d'Espagne étaient attachés au caleçon avec des aiguillettes ou retenus sous la jarretière comme on le faisait pour le haut-de-chausses; leur couleur était intense, on les portait rouges, violets, bleus, verts, noirs»[27].

Culotte d'homme plutôt que pantalon féminin. Ce travesti rappelle les courtisanes italiennes bien plus que les honnêtes dames du seigneur de Bourdeilles, «chose italienne», dont Racinet nous fournit cet autre exemple:

«Peut-on généraliser l'étrange alliance du costume féminin et du costume masculin dont l'exemple, particularisé par Vecellio et Bertelli, se rencontre ici? On voit par les gravures d'Abraham Bosse qu'au moins cette mode bizarre ne s'était point propagée parmi les courtisanes du nord de l'Europe pendant la première partie du XVIIe siècle. Quant aux grandes dames françaises, l'habitude que Catherine de Médicis leur fit prendre, selon Brantôme, de chevaucher en mettant la jambe dans l'arçon, au lieu de continuer à être assises sur leur monture en ayant les pieds posés sur la planchette, pouvait bien avoir contribué à leur faire adopter par-dessous leurs jupes le complément du costume masculin; leur corsage clos, avec les épaulettes et le mancheron, se rapprochait déjà fort du pourpoint.

«Tous les visiteurs de l'Exposition du costume organisée aux Champs-Élysées, en 1874, par l'Union centrale, ont pu y voir le portrait en pied, de grandeur naturelle, contemporain de l'époque dont nous nous occupons, représentant une dame richement vêtue, qui porte la culotte descendant aux genoux, transparaissant sous une jupe de gaze des plus claires. Le cas est certes rare, mais il ne paraissait pas que cette dame fût une courtisane[28]».

Pour Robida, la jambe passée dans l'arçon donna lieu à cette autre innovation:

«Les femmes empruntèrent au costume masculin une espèce de pourpoint à hauts-de-chausse qui se mettait sous la robe. Ces caleçons, ainsi s'appelaient-ils, permettaient, malgré les larges jupes, d'enfourcher plus commodément les arçons[29]».