Philosaune.—Elles ont toutesfois quelque excuse honneste à ceste sorte d'habillement, je ne dis pas simplement Excuse honneste, comme on parle ordinairement, mais regardant à l'honnesteté qu'elles allèguent.

Celtophile.—Comment?

Philosaune.—Qu'elles usent de ces calçons, pour ce qu'elles ont l'honnesteté en grande recommandation. Car outre ce que ces calçons les tiennent plus nettes, les gardans de la poudre (comme aussi ils les gardent du froid), ils empeschent qu'en tumbant de cheval, ou autrement, elles ne mostrent ha cryptein ommat' arsen[Greek: omega]n chre[Greek: omega]n: pour user des mots d'Euripide, où il parle de l'honnesteté de Polyxene, alors mesme qu'elle allet tumber du coup de la mort.

Celtophile.—I'enten bien ces mots d'Euripide, Dieu merci.

Philosaune.—Ces calçons les asseurent aussi contre quelques ieunes gens dissolus, car venans mettre la main soubs la cotte, ils ne peuvent toucher aucunement leur chair. Mais comme l'abus vient en toute chouse encore que l'invention ne soit pas abusive, quelques-unes de celles qui au lieu de faire lesdits calçons de toile simple, les font de quelque estoffe bien riche, pourroyent sembler ne regarder pas aux chouses que nous avons dictes: mais en se mettant en chausses et en pourpoint, vouloir plustost attirer les dissolus que se défendre contre leur impudence»[23].

Donnant à cette nouveauté une raison moins honnête, le regretté Henri Bouchot, mettait en jeu, dès le début, dans ses Femmes de Brantôme, la coquetterie bien plus que la pudeur:

«Les maigres ont imaginé mille supercheries pour sauver les apparences; elles portent des caleçons rembourrés à la façon des hauts-de-chausses masculins, on a dit par pudeur en dansant la volte, mais en réalité pour mouler la jambe à leur gré. Du Billon dans son zèle excessif, mettait au compte de Sémiramis cette invention biscornue, «tant pour se garder du vent de bise que de la main trop légère des mignons»; mais le caleçon ne dépendait ni de l'une ni des autres comme de bien entendu, il était un objet de luxe, une tromperie. Que de fois la main légère s'égarait sur des tailles robustes et souples où des cartons élastiques suppléaient aux vices de nature. Tout est postiche à la cour de France, il n'y a guère que les dents qu'on ne sache remplacer encore; les patins laissent croire à l'élégance, les caleçons arrondissent les jambes grêles, les cheveux rapportés augmentent la chevelure naturelle détruite par les pommades et les cosmétiques»[24].


Messire Loys Guyon, Dolois, sieur de la Nauche, que nous aurons occasion de retrouver au sujet d'une jeune fille qui, comme les Catayennes, n'en portait pas, dit et vante, d'autre part, la richesse de ces caleçons: