Combien d'Hippolytes seraient rentrés chez eux, farouches et solitaires, si, sur leur chemin, les dentelles révélées par le retroussis discret des jupes n'avaient éveillé leurs sens et fait appareiller vers Cythère leur curiosité.
Les dessous, mais, c'est à la fois un art et une préoccupation. Jean Richepin et Léo Trézenik nous ont dépeint abondamment, aux carrefours et aux bureaux d'omnibus, «l'amateur de mollets» ce survivant du Pont-Royal, et n'est-ce pas un peu lui-même que portraicturait le pauvre Jean Lorrain, dans ce rêveur traversant le Jardin de Paris ou le Moulin-Rouge «en somnambule, sans rien voir, uniquement préoccupé des jambes des danseuses ou des dessous des promeneuses, plus ou moins montrés dans un geste qui retrousse»[308].
C'était un art également, après avoir su voir, de savoir décrire pour «les maîtres de l'archet subtil et titillant dans l'art de bien exciter et bien dire»[309], que se disputèrent les quotidiens, avant que ne sévit la pudibonderie auxquels ils doivent aujourd'hui un ennui non moins austère que le devoir.
Du Gil Blas, ils passèrent à l'Echo de Paris, puis de l'Echo—quanto mutatus—au Journal... Hélas! que tout cela est loin. Les contes de Silvestre, les nouvelles de Mendès et de Lorrain, les chroniques de Laurent Taillhade, existe-t-il au monde assez de cendre pour que l'Echo de Paris puisse s'en couvrir et expier ses erreurs anciennes.
Quant aux pécheresses dont les caprices faisaient la loi... et la mode, comment leur en vouloir de leurs dessous capiteux, dont la description seule suffirait à scandaliser l'hypocrite province?
Ne doit-on pas, au contraire, ainsi que l'indiquait A. Tisserand, leur savoir un gré infini «de leur dessous ultra-soignés, de leurs pantalons et de leurs chemises de vingt-cinq louis, de leur gai minois, de leurs dents blanches, de leurs frisons fous, bref de tout le charme qu'elles répandent dans la vie parisienne[310]»?
Qu'elles ne se contentent pas de laisser exposés chez leur lingère où Tout-Paris les aura admirés durant huit jours, les pantalons à cent louis pièces que leur aura offert le vieux banquier Michès.
«Le retroussé est le costume national des Françaises» a écrit Pierre Louys[311]. Qu'elles n'oublient point cet aphorisme et ne craignent point de laisser froisser et au besoin déchirer cette lingerie coûteuse. De tels payeurs ont leur amour-propre et ne voudraient pas qu'on puisse croire qu'ils paient des culottes de deux mille francs à leurs maîtresses seulement pour le dimanche[312].
Tout le monde ne peut pas collectionner les souvenirs napoléoniens. A défaut d'un petit chapeau, c'était au pantalon de l'une des interprètes de Ferdinand le Noceur, Mlle Giverny, qu'un millionnaire russe avait jeté son dévolu, et il fit offrir 2.000 francs à l'artiste pour qu'elle lui cédât cette partie de sa garde-robe.
L'actrice refusa modestement. Ce boyard était un rapiat et pour ses cent louis comptait se payer le contenant et le contenu. Ce n'était plus de la collection, mais du marchandage[313].