A moins que ce ne fut tout bonnement un «fétichiste» et que le pantalon de l'artiste dût, plus tard, figurer parmi les reliques laissées par le Slave, comme, jadis, on avait retrouvé, derrière le lit de mort de Brillat-Savarin, le violon de l'écrivain, un exemplaire d'Horace et... un pantalon de femme.

Le modèle ne devait pas en être affolant,—l'auteur de la Physiologie du Goût n'est-il pas mort en 1826?—Mais, cela prouve au moins que son amie avait été parmi les audacieuses, qui, les premières, avaient souscrit à la mode nouvelle et qu'il en avait, lui-même, compris tout le charme.

«Horace, un violon et un pantalon féminin», ajoutait Comædia qui nous fournit cet écho, «ces trois objets ne sont-ils pas le symbole de l'esprit de gourmand voluptueux et très artiste que fut Brillat-Savarin»[314].

Mlle Giverny! les théâtreuses! Nul ne saurait, mieux que ne l'a fait Montorgueil, exprimer l'importance et dire le rôle que jouent dans leurs succès les entre-deux de leurs pantalons, pour tant de jolies filles qui, au café-concert, font, à défaut de talent, applaudir la désinvolture de leurs retroussés et la somptuosité de leur lingerie.

«La trépidation excitante a surtout gagné les femmes. On sait leur passion pour les exercices violents: elles la satisfont au café-concert, où elles ont transporté la balançoire hygiénique. Ce qu'elles chantent ne s'y prête pas toujours, mais c'est toujours leur plaisir. C'est parfois aussi le nôtre. Au hasard des turlutaines, sur une musique toute en borborygmes—tra la la la la la la!...—la pétulante Duclerc exhibe des dessous. Oh! ces dessous. Ami, n'as-tu pas rêvé? Elle est reine du chahut à cette heure, et avec Nini-patte-en-l'air fait école. Beauté à l'ail, piquante et relevée du Midi—té, mon bon—comme la Rosière de Marseille, son émule, dans sa gamme, la note la plus élevée est de la lingère. «Peste, ma chère, tu as donc fait un héritage pour porter des pantalons pareils?...» Les litiges parfois publics entre ces artistes et leurs couturières nous ont révélé le prix d'un talent qui s'applique à combiner la pauvreté des rimes avec la richesse des entre-deux. Le procès de Mme Aymard fut un des plus indiscrets. Nous avons appris que la chanteuse avait des chemises de foulard et des pantalons de surah onéreux. Elle avait jusqu'à «un moine céleste» facturé dix louis, qui intrigua les impertinents. Le moine était-il chartreux, capucin ou carme? Jamais plus beau linge propre ne s'étala en police correctionnelle. On visita sa garde-robe. «Monsieur, aurait-elle pu dire avec fierté, c'est mon répertoire!» Dans la revue, cette année-là, précisément, elle était en plage normande et c'était elle—ô ironie!—qui chantait les «petits trous pas chers!»

«Cette lingerie est une nécessité. Connaissent-elles au cours d'un couplet, quelle position elles prendront? Elles sont comme ces femmes prudentes qui craignent les accidents de voiture ou autres et qui s'habillent en se disant: «Sait-on jamais ce qui peut nous arriver?» Elles sont si stupéfiantes, si inattendues! Et quelles poses clownesques! Cette sensation qu'elles tiennent du clown est si nette qu'elles-mêmes, volontiers, adoptent pour coiffure le toupet du comique de la piste[315]».

La lingère parisienne ne se contente pas de fabriquer, comme sœur Véronique, des culottes à tant pour la main-d'œuvre. Pour mieux bander son arc, elle y a ajouté une nouvelle corde, et, moyennant trois louis, les essaie et les laisse déchirer. Métier inconnu même de Privat d'Anglemont et que révéla Georges Brandimbourg dans le Courrier Français[316].

C'est, en effet, une manie chez certaines, de conserver cette frêle et illusoire batiste aux minutes suprêmes, alors qu'elles en ont le moins besoin. Elle n'empêche rien, c'est possible, mais à quoi bon voiler d'un nuage, si léger soit-il, la roseur désirée de la chair.

Au nom de tous les véritables amants de la femme, les poètes Armand Silvestre et Catulle Mendès ont protesté contre cette erreur cent fois condamnable. Il faut laisser aux femmes pressées qui n'ont pas le temps de se déshabiller ou aux banales initiatrices aux premiers frissons «cet accoutrement viril, ce travesti sous la jupe, qui trouble, désoriente»[317].

«Rien n'habille aussi bien que le nu», les bas noirs et le pantalon sont trop longtemps restés en notre doux pays de France comme un uniforme. Il serait bon que la femme dans sa nudité, ne continuât pas à représenter, aux yeux simplistes de la foule, la Vérité sortant du puits perdu de la politique.