L'ironie de M. Pierre Louys est toujours délicieuse.

«L'uniforme des courtisanes c'est le corset noir et les bas noirs avec ou sans pantalon; autrefois, cela se gardait même au lit, disent les bons auteurs: maintenant cela ne se porte plus qu'à la chambre, et voilà un point de gagné, mais le public des petits théâtres le sait-il? Pour lui, toutes les femmes nues représentent la même personne, la seule qu'il ait jamais vue dans les journaux illustrés: c'est la Vérité sur M. Dreyfus. Si on la faisait revenir en scène, il y aurait des manifestations»[318].

La couleur des bas et du corset a pu changer, la vogue du pantalon est demeurée entière, quand la proximité du lit ne permet pas un déshabillage complet, et, faut-il le dire, la femme ne pêche, dans ce cas, que véniellement.

Au cours d'une partie de campagne, lorsque l'ombre tutélaire d'un bois offre à deux fantaisies sa complicité, le petit plaisir est si fugitif qu'elle ne peut guère songer à se dévêtir.

L'homme ne saurait lui infliger le ridicule d'avoir à retirer sous ses jupes son pantalon, avant de lui accorder la joie de son corps. Le geste serait inesthétique et en plus dangereux. Un pantalon oublié et accroché aux ailes d'un moulin où il avait remplacé les bonnets de jadis, mais, il n'en faut pas plus pour corser un procès et faire la joie des adversaires d'un homme d'État! Puis, si la dame le porte sous le corset, avec ça que c'est facile de retirer l'un, sans enlever l'autre?

C'est pourquoi, ajouteront les moralistes, la femme doit les porter ouverts et je suis, pour une fois, tout à fait de leur avis.

Le roman ne pouvait, bien entendu, négliger ce détail de toilette qui a pris tant d'importance parmi les dessous des petites amies de nos auteurs les plus réputés. On n'a que l'embarras du choix pour, ouvrir un rayon de blanc à faire pâlir l'ombre de la Reine Blanche.

Tout d'abord, évocation du quartier latin d'il y a trente ans, alors qu'y florissaient les brasseries de femmes et que le nom de Palmyre ne couvrait pas seulement des ruines, cette silhouette de petite grue:

«Et de suite, elle enfila sa chemise...

«Alors, Alphonsine mit son corset, un corset noir avec des éventails en soie jaune, et ses bas, de grands bas couleur chair lui collant au mollet. Dans l'armoire à glace elle prit un corsage de drap rouge garni d'un marabout, et une jupe de même couleur avec quatre rangées d'un petit liseré d'or. Adrienne lui disant de se dépêcher, elle culotta son pantalon, en s'appuyant au bord du lit et posant le pied sur une chaise. Il était garni d'un entre-deux et d'une broderie et resserré par une faveur. Ensuite elle s'attacha la tournure sur le derrière et revêtit un petit jupon en flanelle bleue, ayant une large dentelle et, par-dessus un second jupon en moire, garni de velours»[319].