Pourtant, parmi les pécheresses dont s'enorgueillit notre Paris et que lui envient les deux mondes, il en est qui, soit par goût, soit par habitude, sont restées rébarbatives à l'usage du pantalon et n'en portent jamais ou presque.
Mlle Emilienne d'Alençon serait du nombre, avança jadis cette mauvaise langue de Falstaff. Je n'en veux rien croire et je dois humblement avouer que ce n'est pas elle qui me répondit un jour avec la franchise d'un soldat:
—C'est trop commun: toutes les... catins en portent et dit-elle bien catins, la chère enfant?
Augustine racontant son passé, ne se montrait pas moins franche, et confessait:
—Des jours, je battais les mains en riant, mais d'autres, je pissais dans mes jupes, car je n'ai jamais porté de culottes...»[329].
D'autres seront moins brutales, mais leur aveu sera tout aussi dépouillé d'artifice:
—J'admets encore les soies de couleur pour les jupons, mais pour le reste non... Quant aux pantalons, je n'en porte jamais. C'est encore une vieille habitude, une manie, si vous voulez; maman n'en portait point; elle m'a élevée à n'en point porter et je ne pouvais pas me décider à en mettre... Pourtant, si vous le désirez...
—Pourquoi vous demanderai-je de multiplier les obstacles entre votre chair et la mienne?[330].
C'est un peu la réponse d'un païen mystique. Ce n'est d'ailleurs point la seule des héroïnes d'Albert Aurier à n'en point point porter. La plupart des étoiles du beuglant de Châteauroux, qui, dans son roman de Vieux, représentent le chœur antique, sont dans ce cas, et, au cours de la partie de campagne où elles s'ébattent librement, le prouvent jusqu'à l'évidence: