«La pêche aux équilles est la pêche favorite sur les plages de sable. C'est une pêche qui prépare adroitement les autres, et qu'affectionnent particulièrement les belles pécheresses, auxquelles les équilles servent de prétexte pour exhiber sous les yeux de jeunes pécheurs, et de pécheurs endurcis, les fines bottines à barrette à talons d'argent, les fins bas de soie à broderies de couleur, et les dentelles affriolantes des jupes nuageuses et des prestigieux pantalons»[395].
Je ne sais si ce sont des équilles que l'on cherche aujourd'hui aux Roches-Noires, mais la qualité des pécheresses semble avoir terriblement baissé. Plus de dentelles affriolantes, de jupes nuageuses, ni de prestigieux pantalons, oh! nullement prestigieux, par contre, ils sont ouverts et leur fente bâille parfois bien indiscrètement.
Edmond de Goncourt a noté d'autre part ce dîner à la campagne, précédant une partie de pêche aux écrevisses, qu'il devait utiliser dans Chérie[396]:
(1878) «Samedi 3 août.—Mon cousin Marin a invité les femmes de la magistrature d'ici (Bar-sur-Seine) à une pêche aux écrevisses, à la tombée de la nuit. On doit pêcher au-dessus de Polisot, et la pêche est le prétexte d'un dîner-souper en plein air. On monte en voiture par une pluie battante, et, au bout d'une heure, on est à destination et on se met à table.
«La nuit est venue. Huit torches, fixées à huit piquets, sont allumées, éclairant le repas de leurs lueurs balayées et fuyantes. Un grand feu flambe au milieu du pré, où, de temps en temps, les trois femmes vont sécher les semelles de leurs bottines mouillées, montrant des bas écossais et des pantalons brodés, en se soutenant par la taille, avec des gestes de caresse; groupe au milieu fait par la charmante Mme G..., dans une de ces blanches toilettes anglaises, que Gravelot donne, en ses vignettes, à ses héroïnes de romans»[397].
La femme ne pêche pas, en effet, qu'aux flambeaux. Supprimez l'adultère et vous supprimerez du coup le roman contemporain. L'électricité remplace, pour l'ordinaire, les torches de Bar-sur-Seine, mais le rôle du pantalon n'est pas moindre, au contraire. Les déshabillés extra-conjugaux ne sauraient se passer de ce piment. Les soigneuses, comme Mme de Gromance le plient, après l'avoir retiré; les impulsives le laissent, elles, traîner, à demi retourné, où il est tombé: un de ces riens par lesquels se trahit la femme.
Celui-ci une fois enfilé et attaché sur une agrafe du corset de soie «en pantalon de foulard rose à fleurs, elle allait, se baissant, se levant, se baissant, encore agile et prompte, par la chambre, à la recherche de son jupon perdu dans la chiffonnerie de ses vêtements épars»[398].
Ce spectacle donne au jeune mâle satisfait de graves pensées guère coutumières à sa cervelle d'oiseau.
Il a allumé une cigarette et se souvient:
«Après avoir longuement noué sa cravate devant la glace et allumé une cigarette, il s'amusait à suivre des yeux les mouvements de Mme de Gromance, dans ce costume qui exagérait joliment tout le féminin de ce corps de femme. Il ne savait pas si c'était gracieux ou ridicule. Il ne savait pas s'il fallait trouver ces aspects-là vraiment pas beaux, ou en éprouver une toute petite joie d'art. Sa perplexité venait de ce qu'il se rappelait une longue discussion soulevée à ce sujet, l'hiver précédent, chez son père, un après-dîner, au fumoir, par deux vieux connaisseurs, M. de Terremondre qui ne savait rien de plus adorable qu'une jolie femme en corset et en pantalon, et Paul Flin qui plaignait au contraire la disgrâce d'une dame à ce point précis de sa toilette. Philippe avait suivi la dispute qui était amusante. Il ne savait à qui donner raison. Terremondre avait de l'expérience, mais il était vieux jeu et trop artiste; Paul Flin, passait pour un peu bête, mais très chic. Philippe inclinait, par malveillance naturelle et affinités électives, au sentiment de Paul Flin, quand Mme de Gromance mit son jupon rose à fleurs roses»[399].