Ce serait pour certaines, un véritable bien-être que de pouvoir passer la journée chez elles sans pantalon, un bien-être dont on rêve:

«On assure que l'eau du bain est parfumée et qu'en sortant elle pourra s'étendre sur un canapé de soie brochée, en peignoir de soie et sans pantalon, bien à l'aise enfin...»[392]

Et en chemin de fer, donc, quand il faut passer la nuit en wagon. S'il en est qui ne perdent pas de vue la sonnette d'alarme, d'autres ne songent qu'à retirer leur pantalon, sans que les tentent en rien l'imprévu et les dangers d'une passade par trop brève:

«Ces dames, durant ce temps-là, avaient pour moi des regards obliques, lesquels voulaient dire certainement: sans cet animal-là, comme nous retirerions nos pantalons!»[393]

«Le pantalon, a dit justement Colombine, est difficile à enlever (et) difficile à remettre». Gauche et un peu embarrassée, une débutante aura peine à ne pas côtoyer le ridicule—sans compter celui du pan de chemise que laissera souvent échapper la fente—tandis que la femme qui n'en est pas à son premier déshabillé, saura trouver les gestes qui conviennent et leur prêter sa grâce.

Qui sait si cet intrus, qui, quand on le retire, vient toujours à l'envers et qu'il faut ensuite retourner avant d'en réintégrer la batiste, n'a pas maintenu dans l'étroit sentier de la vertu des hésitantes qui «sans l'ennui humiliant de sortir en détail de ses pantalons» se seraient volontiers attardées à grappiller les églantines du chemin, pour prendre goût ensuite au porto blanc des garçonnières?

Nous côtoyons là les bords fleuris et le tabac blond de l'adultère, revenons aux pantoufles et au scaferlati ordinaire du mariage. Il est également sujet à surprises et change bien des choses. C'est beaucoup de savoir plaire à l'époux et de savoir flatter ses goûts, aussi en verra-t-on se plier à la gêne du pantalon, qui, jusque-là n'en avaient pas porté, alors que d'autres en feront le sacrifice à leur initiateur, s'il a contre cette lingerie les préjugés et les préventions d'une autre époque.

Laissant à Mme Desnou et aux dames de Chauny ou de Villers-Cotteret de n'en porter que leurs jours de grande toilette, «aux grandes fêtes et au jour du saint patron de leur mari»[394]: en général la femme de la bourgeoisie en porte et elle ne laissera jamais apercevoir, pour une raison ou pour une autre un peu haut ses jambes, sans qu'apparaisse timide le poignet ou le sabot du pantalon.

A Trouville, c'était la pêche aux équilles. Elle fournissait aux contemporaines de Bertall une excellente occasion de montrer leurs jambes si elles étaient bien faites et elles ne s'en privaient pas: