Ce qui était vrai au déclin du XIXe siècle, ne l'est pas moins au XXe. Conteurs et romanciers ne pouvaient omettre ce détail nouveau de nos mœurs et ont eu soin de le noter.
«Eliane, qui était une personne vertueuse, portait toujours des pantalons, de jolis pantalons en toile fine avec un frémissement de dentelles sur le rose des jarretières. Mais, ma foi, elle était chez elle, et il faisait une chaleur si étouffante, vraiment, qu'elle avait cru pouvoir supprimer sans inconvénient ce vêtement intime»[389].
Mme de Ponticello, une héroïne de Richard Cantinelli est dans le même cas. Seulement elle n'est pas chez elle, comme Eliane, mais à la campagne, où elle suit à la lettre, la chaleur aidant, les conseils d'Ernest d'Hervilly, et offre ainsi à l'innocent Pamphile un tableau d'une simplicité antique:
«Le bruit de ses pas était assourdi par le tapis continu dont les aiguilles tombées des pins couvraient le sol. Il crut entendre un léger murmure de source, il se pencha, regarda et vit rose. Jamais fut-ce à Bruxelles, jamais artiste n'avait imaginé un aussi audacieux, réjouissant et troublant motif de fontaine. Mme de Ponticello, qui ce jour-là, à cause de la chaleur n'avait pas de pantalon, sentit ce regard ardent sur sa nudité d'une minute. Elle tourna la tête, aperçut Pamphile...»[390]
Il n'est jusqu'à cette bête de Marie Belhomme, qui, à l'école, à Montigny, l'été, «ne portait pas de pantalon, pour sentir ses cuisses faire doux en marchant».
Au courant de cette particularité, ses «gobettes» d'amies, pour rompre l'ennui pesant d'un lourd après-midi, lui jouent la «méchante farce» de lui faire prouver jusqu'à l'évidence que... le capucin n'avait pas son capuchon:
«Nous étions quatre, une après-midi, assises sur un banc, dans l'ordre que voici:
Marie, Anaïs, Luce, Claudine.
«Après s'être fait dûment expliquer mon plan, tout bas, mes deux voisines se lèvent pour se laver les mains, et le milieu du banc reste vide, Marie à un bout, moi à l'autre. Elle dort à moitié sur son arithmétique. Je me lève brusquement; le banc bascule. Marie, réveillée en sursaut, tombe les jambes en l'air, avec un de ces cris de poule égorgée dont elle a le secret, et nous montre... qu'effectivement elle ne porte pas de pantalon. Des huées, des rires énormes éclatent; la Directrice veut tonner et ne peut pas, prise elle-même d'un fou rire; et Aimée Lanthenay préfère s'en aller, pour ne pas offrir à ses élèves le spectacle de ses tortillements de chatte empoisonnée»[391].