Ou c'est, dans P'tit Mi, au milieu des greniers de la préfecture, la silhouette dont on a abusé du «gamin effronté et vicieux». C'était gentil aux environs de 1889, lorsque les vers de M. Jean Rameau portaient encore sur les belles dames que le snobisme faisait monter au Chat Noir et feindre de s'intéresser à la chose littéraire. Aujourd'hui, il semble terriblement vieux et rococo le gamin vicieux—pourquoi pas les pantalons de clergyman de Mme Dieulafoy? M. Henri Bordeaux lui-même n'oserait pas l'employer, si sa belle âme daignait s'abaisser à de pareils tableaux et il n'est échappée de couvent qui vous en fasse grâce avant de consentir à le retirer.
«C'était autour de ce corps souple et onduleux dont la grâce féline, les contours indécis d'une affolante sensualité eussent ravi quelque artiste décadent, la tombée successive du peignoir, du corset délacé, des pantalons fanfreluchés qui, un instant, lui donnaient l'air d'un gamin effronté et vicieux»[425].
C'est encore Minne, grande et mariée, conservant, dans ses essais d'adultère, à la poursuite d'un frisson lent à venir, ses dessous simples et démodés de pensionnaire:
«Il voyait Minne en pantalon, et qui continuait son déshabillage tranquille. Pas assez de croupe pour évoquer la p'tite femme de Willette, pas assez de mollet non plus. Une pensionnaire fourvoyée, plutôt, à cause de la simplicité des gestes, de la raideur élégante, et aussi à cause du pantalon à jarretière qui méprisait la mode, pantalon étroit qui précisait le genou sec et fin»[426].
Le décor change, mais Minne reste la même. Avec son impudeur ingénue et tranquille, elle se déshabille, offrant à Maugis, soudain devenu paternel, le royal provin de sa chair jeune et souple[427].
C'est aussi Flory Bruno, la fine diseuse, se rhabillant dans sa loge, devant son gigolo Georges Bonnard, sans se soucier de ce que la fente de ses culottes bâille peut-être plus qu'il ne convient:
«Bien qu'elle n'eût encore revêtu ni jupon, ni jupe, ni corsage, et qu'un petit bout de chemise s'évadât par la fente de son pantalon, Flory, la tête redressée, le bras tendu, les sourcils froncés, rayonnait d'une telle autorité que Georges, docilement, répondit...»[428].
Ah, l'amour!
Non, vraiment, on ne peut pas reprocher à Willy d'être égoïste. Il nous fait assister avec une bonne grâce charmante aux déshabillages de ses héroïnes. Rézi se rhabille aussi vite qu'elle se dévêt, que ce soit bien pour Renaud ou pour Claudine. Ses gestes sont exempts de tout embarras:
«Ah! je savais bien Rézi est là, elle est là, pardi, qui se rhabille ... En corset, en pantalon, son jupon de linon et de dentelle sur le bras, le chapeau sur la tête, comme pour moi»[429].