Si cette batiste contient des microbes, elle conserve plus encore des parfums, «corrompus, riches et triomphants». L'atmosphère est tiède et irritante, une odeur forte de blonde à laquelle les muscs des dessous mêlent leur gamme, y persiste et monte à la tête. Il y a de quoi vraiment troubler la virilité d'un adolescent.

«Mme Brière ajouta après une courte hésitation:

—Tu peux entrer.

«Louis poussa la porte; et sitôt dans la chambre, dont les deux fenêtres étaient fermées ainsi que la porte qui communiquait au dortoir des garçons, il fut pris au cervelet par l'odeur de femelle qui se concentrait dans la pièce ainsi hermétiquement close. Une odeur âpre de blonde, aiguisée du mélange des parfums irritants dont Gabrielle, depuis quelques semaines, aromatisait ses dessous. Et ces dessous faisaient des tas pêle-mêle; les bas par ci à côté de la chemise qui affaissait son rond blanc sur le parquet, très chiffonnée de mille petits plis fins et mouillée sous les bras, avec un recroquevillement de la dentelle, sur laquelle la robe avait déteint en plusieurs couleurs; la jupe par là, avec les jupons au centre encore à moitié ballonnés, et le pantalon dégonflé aplatissant ses jambes fripées»[421].

Cette page de Trézenik est d'une bonne écriture naturaliste. L'observation est exacte et ne fait grâce d'aucun détail, pas même l'arc-en-ciel laissé sur la chemise par l'humidité alcaline des aisselles. Mais, Huysmans, qui ne songeait guère alors à la Cathédrale, n'a-t-il pas consacré au «Gousset» un véritable poème en prose[422]?

Chez Maizeroy, la phrase elle-même semble devenir une caresse. Romancier des amants, comme nul autre, il sait peindre leurs jalousies et leurs angoisses. Il sait le pouvoir de ce linge qu'a porté la bien-aimée, il en sait le pouvoir, comme il en dit l'élégance:

«Au travers du lit, sur la courte-pointe d'un vieux rose éteint, se détache tout chiffonné le pantalon de batiste qu'elle a porté, si léger, si court avec des flots de valenciennes, des fanfreluches de ruban, un de ces pantalons qui ne dépassent pas les jarretières de dentelles, qui affolent un amant mieux que l'étal impudique de la nudité»[423].

Et l'amant se jette sur ces voiles abandonnés, les déplie et les inspecte, cherche à y retrouver le parfum qui l'affole et à leur arracher l'aveu de la faute:

«Je me suis jeté sur le pantalon, sur la chemise avec des mains raidies qui vacillaient, je les ai dépliés, je les ai respirés, j'ai cherché dans leurs dentelles, dans leurs radieuses blancheurs une déchirure, le griffonnement des doigts qui s'accrochent, une tache, un indice qui atteste la faute plus qu'un aveu»[424].