Certes, dans ce dialogue à la manière de Droz et dans le ton de la Vie Parisienne, on ne prévoit guère les puissantes hardiesses du Mâle et du Happe-Chair. Camille Lemonnier, alors à ses débuts, signa pourtant ce tableautin et rien n'est plus convenable. La scène se passe entre mari et femme, les amusements tolérés des oarystis, les bagatelles de l'alcôve:

«Ma femme (riant).—Devant! Tu as des idées vraiment... Devant! tu n'y penses pas, on aurait l'air... Tiens, prends mes jupons... mais certainement l'air... Attends: je vais te passer mes pantalons... Ah, mon Dieu! voilà ma jambe qui ne veut pas sortir... (Elle me jette ses pantalons) Enfin! Attrape![417]»

Bien bourgeois, bien honnête, bien Second Empire, ce déshabillage, ce devait être du madapolam et nous n'en sommes pas encore aux pantalons de Mme Lupar, ces «pantalons de transparente batiste, une ondée laiteuse, qui coulait par-dessus le rose des cuisses jusqu'à l'agrafe d'or de la jarretière»[418].

D'Ernest Leblanc, le causeur charmant, si plein d'anecdotes et de souvenirs, ce joli déshabillé nuptial dans sa Dépravée.

«Elle enleva complètement le corsage, tandis que le murmure de la soie accompagnait chaque mouvement de ses bras renversés. Et elle apparut droite, la poitrine en avant, avec ses bras nus et ses épaules superbes qu'encadraient, un peu bas, les fantaisies capricieuses et transparentes de la Valenciennes.

«Puis ce fut le tour des jupes. Il y eut un grand froufrou. Gaëtan ferma à demi les yeux et détourna la tête. Décidément, l'idole allait apparaître.

«A peine eut-il repris courage qu'il se retourna vers elle. Il crut à quelque transfiguration.

«Du flot des jupes entassées émergeait, avec mille ondulations charmantes, une sorte de jeune garçon, un peu replet d'ici et là, dont le costume ressemblait à ses costumes d'été lorsqu'il était enfant et qu'il portait des pantalons brodés. Il n'osait plus lever les yeux. Il était embarrassé. Il se sentait rougir»[419].

L'élégance du pantalon s'est affirmée et affinée en effet. Foin du madapolam, des jambes droites et des trois plis bêtes: c'est, au lendemain d'un bal, traînant sur le tapis, la batiste chiffonnée et froissée, «avec sa multitude de volants serrés par les rubans étroits en soie mauve qui se festonnent dans sa longueur»[420].