«Ma simple petite robe de drap vert... parce que le corsage en est divinement réussi... et des dessous à m'en émotionner moi-même, une mousse de dentelles embaumées! Je m'amusai à me regarder longtemps dans ma glace, en simple pantalon, avant de passer le reste, et ceux qui disent qu'une femme n'est pas charmante en pantalon sont des imbéciles... Je les invite à venir se rendre compte! Pauvre petit pantalon!... léger, léger, tout court, presque tout en dentelles, avec ses hautes échancrures liées par trois flots de ruban, pauvre petit pantalon si joli... il est tout déchiré maintenant»[432].
Sans arriver à ces accidents suprêmes, l'amusante Floche du Voluptueux Voyage, nous initie à l'économie de ses lingeries les plus intimes, de ses genoux et de son carnet de blanchissage:
«Quelles pensées avaient pu absorber la comtesse Floche? Elle, si causante d'ordinaire, regardait devant elle d'un air préoccupé. Elle songeait à ses malles, à son linge, à son blanchissage sans doute, car son premier mot, en sortant, fut:
—Mon pauvre pantalon! Je le sens chiffonné, poussiéreux... Pourtant je n'ai pas à me plaindre. Il faut vraiment venir à Venise pour ses dessous. Imaginez qu'ici mon pantalon de huit jours est propre! A Paris, je suis obligée d'en changer deux fois par semaine pour le moins, car, comme je les porte fermés et que je suis cagneuse, c'est tout noir entre les genoux»[433].
Peut-être ne saisira-t-on pas très bien pourquoi, fermés, ils se salissent davantage entre les genoux? Enfin... Une Bruxelloise faisait, d'ailleurs, un jour, devant moi, le même reproche aux pantalons ouverts; à Paris, les bords de la fente devenaient tout de suite «noirs», tandis que, là-bas, chez elle, un pantalon lui faisait facilement huit jours.
Non plus un Voluptueux Voyage, mais un départ précipité, celui de l'institutrice Irma—les voilà bien les progrès de l'instruction primaire!—à qui la posture fâcheuse dans laquelle elle s'est laissée surprendre avec le vicaire du lieu, a rendu la situation impossible dans le patelin où elle étalait ces élégances:
«Les armoires dénudées bâillaient mélancoliquement, éventrées d'un tas de nippes qui s'éparpillaient sur le parquet: des bas roulés en poings, des pantalons comme des cuisses aplaties aux hanches bouffantes, des taies d'oreiller, des carrés de mouchoirs...»[434]
Hélas! que sont les cuisses de ces pantalons, quand, par leur finesse même, ils exagèrent ces redoutables amoncellements de chairs, l'arrière-train des dames trop mûres.
Jean Lorrain, dont l'observation était exacte et cruelle, a tracé cette silhouette de Mme Monpalou en corset et en pantalon. C'est plutôt un épouvantail:
«La scène se passait dans une grande chambre au premier de l'hôtel des Trois-Fontaines. Madame Monpalou l'arpentait à grands pas, les épaules nues, en pantalon et en corset; sa formidable croupe ballonnant sous la batiste d'une lingerie de luxe, sa forte taille embastionnée dans un «Léoty» de satin ponceau de la même nuance que la chair de ses joues, de sa poitrine et de ses bras»[435].