Le musée des horreurs! Aussi conçoit-on l'effroi d'un brave bourgeois de Pont-sur-Yonne à voir les charmes blets de son épouse arborer ces coûteuses et voyantes lingeries:
—Comment!... sa femme faisait faire pour deux mille francs de pantalons et autres balançoires?... C'était raide!...[436]
Des fantaisistes ont, je le sais—ces êtres-là sont adorables—chanté le los de la grosse dame en pantalon, et ce qui est pis, en pantalon de flanelle. Le paradoxe est amusant et mérite d'être reproduit:
—Oh! me disait un jour un de ces sincères amis du beau, quel inoubliable moment que celui où l'un après l'autre, sont tombés les voiles! Ses bras énormes avaient un air bon enfant sous la chemise de toile commune. Elle négligeait ces recherches des femmes habituées aux aventures. Tout chez elle était naturel et sincère, jusqu'aux vêtements de dessous. Sous le genou de tendres jarretières bleues à boucles d'acier les plus larges qu'ait jamais vendues le magasin de Pygmalion, faisaient pour ne pas éclater un effort désespéré. Enfin, quand enveloppé dans le pantalon de flanelle rouge, m'apparut l'énorme développement de ses formes, ce fut une vision de poète oriental!»[437]
L'esprit excuse tout et la Vie Parisienne en a assez pour qu'on ait tôt fait de lui pardonner cet étrange plaidoyer; mais, éloignez de nous, Seigneur, ce calice et chassez loin aussi l'ombre falote de Mme Péruwels, la «chaleureuse Belge» de l'Hôtel de Fontenoy et ce «truculent pantalon de flanelle rouge qu'elle porte du 15 octobre au 20 mars, jour du marronnier».
L'excellente femme aime à le «dévoiler comme par hasard», le matin, dans la chambre de ses locataires: «Ça la débarbouille...»[438] Elle n'est point notre hôtesse et nous n'avons souci de ses ablutions, si intimes soient-elles.
Les romanciers étrangers, dans le Nord s'entend, où l'usage du pantalon est constant, n'ont pas plus que les nôtres, échappé à la contagion et ont eu soin d'en faire porter à leurs héroïnes.
Dans sa douloureuse autobiographie, le Plaidoyer d'un fou, Strindberg a peint, lui aussi, un départ, un départ qui est en même temps une rupture et une femme ne rompt pas sans compter et emporter son linge:
«Dans le salon tout annonce la dissolution du ménage. Du linge traîne sur les meubles, des robes, des jupons, des habits. Sur le piano, là j'aperçois des chemisettes à entre-deux que je connais si bien. Sur le bureau s'élève toute une pile de pantalons de femmes et des bas, mon rêve de naguère, mon dégoût d'aujourd'hui. Elle va et vient, remuant, pliant, comptant, sans vergogne, sans honte.
—Est-ce moi qui l'ai en si peu de temps corrompue? me dis-je en contemplant cette exhibition des dessous d'une femme honnête.